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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 09:15

Lacrymaux

 

 

C’est tout de bois, de fantômes, le théâtre de l’Athénée ;  du balcon de ma loge, je veux croire et voir qu’un flamboyant pousse dans la cour, cet arbre d’Afrique qui embrase tout.

C’est surtout de chair et d’infinies retenues, élégance des gens de ce théâtre-là. Oh ! si je les citais tous, je me traiterais, aussitôt dit, bougresse d’actrice, de maternaliste sur un podium de remise de prix moliérisable, alors, non, sacrebleu, Vous, Gens de l’Athénée, sachez que, tous les soirs, vous nous emportez, nous soutenez si bien…

Derrière la porte de chaque loge, un drôle de cérémonial se concocte : l’acteur s’isole, œuvre à des préparatifs singuliers comme brosser pour la énième fois le cheveu, se gargariser d’une ultime dose de gelsenium, éructer en douce ou en sonore tous les miasmes du fameux trac…

Tout se lit lorsque, dans le foyer, nous nous retrouvons, costumés, guindés à 15 minutes de la représentation. Chaque soir est une finale unique de coureurs de fond. Oyez, voyez les visages blêmes, on penserait que tous viennent de pleurer, il y a du blanc et puis du rouge sur la peau, dans les yeux,  des mains froides, des mains moites, des embrassades, des « qu’est-ce que je fous là, je serais mieux chez moi », des rires -c’est toujours ça de pris-, un gros de solennel et un désir gros comme ça de marathonner encore en  équipe dans le texte d’Ibsen !

Sur scène, des larmes de joie, de colère, d’épuisement, de retenue, visibles ou non, c’est le texte qui traverse les yeux et déboule de vie.

 

23 mai, 18h : terriblement fatiguée, pourquoi ai-je mal à l’épaule droite ? Tu sais quoi ?  oui, ce péremptoire  éphémère de la représentation théâtrale…

 

Torvald : Ne plus rester assis, là, seul, à m’ennuyer. Et toi, ne plus faire souffrir tes yeux bénis et tes petites mains toutes lacérées.

 

Nora sans qu’on puisse distinguer si c’est un soulagement ou un regret : C’est fini ... pour toujours ?

 

Torvald  acquiesce.

 

Nora : C’est si merveilleux, délicieux à entendre. Maintenant je vais te dire comment j’ai pensé que nous devrions aménager la maison après les fêtes.

 

(Une maison de poupéeS, H. Ibsen, acte I, scène 1, traduction, adaptation, mise en scène de Nils Öhlund, s’est jouée du 5 au 22 mai 2010 au théâtre de l’Athénée, Paris)

 

 

Athenee_maison_poupees_coulisses-c-Clemence_Herout11.jpg

 

 

 

Saluts, sortie de scène sous applaudissements intempérés ( Athénée, mai 2010)

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

fragon 15/07/2010 00:26


Je l'ai lu déjà ce texte n'est-ce pas ?
Toujours le même effet.
Combien de métier sont aussi sauvages ?


Thierry Benquey 01/06/2010 11:03


Sourire.
Te voir sur scène. Un reve. Si, si.
Mais une rencontre auparavant, dix minutes devant un café, simplement à papoter, sinon je ne comprendrai rien de la pièce.
Rire.
Amitié.
Thierry


Gwenn 31/05/2010 14:18


Comme si on y était... J'aurais tellement aimé y assister.


John Peter B. 31/05/2010 09:23


bravo .... ! (avec applaudissements intempérés aussi)


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