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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:45

 

 

 

 

Les pins sont inondés, les aiguilles inférieures sont gorgées de lumière. Il fait chaud sec, les cyprès prospèrent, grimpent vers le ciel uniforme, aucun souffle sinon le vol des papillons bâtards autour des jambes de la promeneuse, les limaçons s'enroulent. Des pylônes pour tout viaduc.

Le lit avec l’ahanement du sommier sous les corps ruisselant, les rideaux agités par le seul tournis de la terre, la rigole entre les seins de l'une, le dos huilé de l'autre.

La femme ne freine pas la marche depuis deux heures assez tôt le matin sous peine de liquéfaction absolue, elle garde le rythme de la pensée cabossée par les caillasses; les vignes arborent le vert, protégées électriquement contre les sangliers, le cheveu ne se mouillera qu'à l'arrêt, le chemisier se plaquera ; les manches retroussées ballonnent pour l'heure, gonflées par le pas de la marcheuse et la vacuité de ces muscles longilignes. L'œil n'englobe rien, il se rappellera plus tard les lézards fuyant entre les pierres du mur, les cactées de western, le glauque des oliviers, les scarabées évités, l'eau plate d'une piscine plantée dans un vallon, d’autres trucs d’été dont il ne connait le nom. La tête penche à l'intérieur, siphonne les événements sans plus de dates – quel jour pourrait prévaloir l'autre en ce paysage si conforme de saison ? C'est une tache de son serpentant le chemin poussiéreux qu'on distingue de l'aéroplane, bordée de points jaunes épars, mauves poilus de chardons, engouffrée dans l'arrondi des chênes verts, en lisière des rectangles des vignes. Les élytres des cigales zèbrent presque inaudibles à force d'habitude le silence du matin, les pieds chaussés épousent les pierres dégringolées du talus un orage dernier, je vois des chats décamper à mon approche.
La bague strangule l'annulaire pendant le long de la cuisse. Les mains gonflent, s'engourdissent vers la terre jusqu'à l'apparition de la terrasse toscane où elles saluent d'un baiser radieux sur les lèvres la silhouette de l'homme un peu voûté. La femme pour s'être figée devant la vision rassurante sent alors la chaleur fondre de son front tout le long de son corps, noyer ses yeux. Elle se souvient à temps d'un tableau d'Uccello, puis ce sont les tuiles rondes du mas et les paroles hautes des estivants qui la sortent du mirage, de sa longue promenade en rond. Je me souviens comme si j’avais été là.

 

 

 


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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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