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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 14:45

 

 

 

 

 

 

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Oui, bien sûr, évidemment, tu as envie de toucher le papier et ses caractères, déjà de pressentir si tant de pages à lire reposeront sur toi allongée ou sur ta table, tu t’en arrangeras. Tu as lu allongée Récits de la Kolyma, tu relis à table Duras aux éditions Quarto de chez machin. À force, tu sais très bien ce qui  portera sur l’estomac. Tu as reçu en cadeau le Berlin de Depardon, tu l’as ouvert sur tes genoux, tu l’as posé sur la table, tu t’es levée, tu as jaugé de tes 172cm moins la hauteur de la table. Glisser dans ta poche-revolver Notes sur la mélodie des choses est possible, ça caresse ton fessier. Tu as deux exemplaires de La Presqu’île, un vert culotté, un noir où seules les cinquante premières pages sont découpées, tu notes l’impatience du coupe-papier sur les cinq premières effrangées, puis le geste sûr, habile des suivantes. Il t’arrive de fouiner au marché des vieux papiers le mercredi, l’odeur y est parfois suffocante de poussières multiples, le marchand suffisant, boudeur, n’ayant pas de monnaie lorsque tu lui achètes deux Masque à lire sous les draps et lampe torche quand tu avais onze ans quand à la maison fallait d’abord ingurgiter Les Rougon-Macquart, finit par triompher suffisant parce qu’avec un Echenoz de plus, ça fait ton billet de cinq euros, emballé. Tu n’enlèves pas le papier cristal qui recouvre W ou le Souvenir d’enfance d’occasion. Tu cornes les livres, parfois tu écris la date d’achat, la date de lecture, parfois non et tu ne sais plus, c’est aussi bien, tu retrouves un billet dédicace comme celui de Marie dans Voyages aux éditions Hazan, c’est une écriture pleine telle les pommettes de Marie, vous êtes complices depuis le tournage d’Entre nous, tu ne sais aujourd’hui où est Marie la costumière qui t’enveloppe d’une couverture après que tu as couru en hurlant en chemise de nuit en actrice la nuit sur la plage de l’île de Béniguet, quelques prises, pour toujours. Tu as le regret du livre prêté qu’on ne t’a pas rendu, tu t’en ficheras, son souvenir n’est qu’à toi. Tu te souviens de l’étudiant strasbourgeois qui piquait des livres dans les librairies, les lisait puis les remettait en rayon ni vu ni connu, tu te demandes si c’était vrai, tu t’en fiches, c’était une histoire d’amour de toi et lui qui t’appelait mon ange parce que tu ressemblais à un ange. Les histoires d’amour commencent par la confusion des livres, dis-moi ce que tu n’as pas lu et je te promets des clairs de lune.

J’aurais pu commencer par « Ma mère me lisait le soir Les Malheurs de Sophie, c’était toujours trop court, alors j’ai appris à lire toute seule toujours plus long sous l’œil fier de maman, etc. » J’ai cru voir cette édition chez des bouquinistes, j’y ai plongé nez et mains, j’ai entendu la voix de ma mère qui inventait des histoires rien que pour moi.

Bientôt paraîtra le roman de l’ami Aden Ellias aux éditions E-Fractions qui proposent l’unique téléchargement pdf, c’est pas cher, c’est sans doute beau. Je l’imprimerai, histoire d’amour papier.

 

 

 

 

 


  

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

l e b A b e l 03/04/2015 20:43

en moins british et plus yiddish, je veux bien !

emmanuelle grangé 04/04/2015 10:10



gefilte Fisch und Strudel



l e b A b e l 02/04/2015 20:08

la fripe, les tripes, la chose et la pensée de la chose ?

emmanuelle grangé 03/04/2015 15:12



c'est ça, fish and chips !



anatole2011.over-blog.com 02/04/2015 15:00

le grand bonheur, le livre, la chose imprimée, je t'y suis et m'y reconnais

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