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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 19:17

 

 

 

 

suite de LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ

 

 

 

C’est Jade. Salut, tremblote Jean-Philippe. Il pleut, c’est la guigne. Vanessa hurle, personne ne l’entend, ils essayent tous au rez-de-chaussée de rattraper, qui une chaussure, qui un gobelet plastique, qui un cuveur de sangria flottant raides dans le déluge et les quartiers d’orange. Jean-Philippe abrite comme il peut, de sa main trempée, son téléphone portable, comme il peut, il essaye de répéter, décontracté, à Jade, salut, c’est compliqué sous la gouttière crevée et après quatre ans et des poussières d’absence. Elle a mal choisi son moment pour appeler, Jade. Jean-Philippe sans son iPhone n’est rien et celui-ci se noie comme le cri de Vanessa. Comme il pleut, comme il aime à penser que Jade l’appelle dans un dernier cri, reviens, reviens-moi, comme il se voit en proue et seul capitaine d’un équipage en déroute ! Oh, il s’arcboute d’une main au bastingage, un vent à décorner les bœufs, les derniers braves moussaillons en bas sauvant les femmes d’abord et c’est tout car dans cette folle soirée point d’enfants d’abord ensuite. Allo, allo. Le téléphone a dû rejoindre le torrent vineux, cela a du bon, courage : Jean-Philippe entend l’océan en sa main désormais nue figée coquillage à son oreille. Il reste ainsi, debout courbé,  jusqu’à la dernière goutte des cieux dessillés, jusqu’au silence des arbres courbatus, au rase-mottes des chevêches, jusqu’à l’émergence des vers de terre sur le balcon qui l’insupportent, le sortent de sa syncope romantique. Il prend soin de se dévêtir sur le seuil de la porte-fenêtre malgré sa répugnance pour ces bestioles et leurs ricanements, oui, il précise bien, leurs ricanements, à le voir nu. Jean-Philippe doute de l’imputrescibilité du pitchpin posé en plancher dans la villa, aussi s’éponge-t-il avec la courtepointe du lit avant de pénétrer la chambre, aussi rabat-il sur l’oreiller les longs cheveux dégoulinant par terre de Vanessa l’ébouillantée, enfin endormie, reposant sur le lit d’Odile, quelques plaques rouges boursoufflées sur le visage, le cou, les seins; plus dessous, il s’interdit tout constat. Bientôt, assez vite, propret de polo, de pantalons de toile impeccablement pliés et sortis tels de sa valise, d’une paire de chaussures confort, beige-crème-sable, il enjambera les cadavres séchant péniblement au soleil revenu, il achètera au bourg un mobile étanche, des géraniums pour remplacer les hortensias, un tube de Biafine pour Vanessa, sans doute des croissants et il notera l’adresse d’un plombier. Il ne rappellera pas Jade, à elle seule incombe ce geste, non mais. De toute façon, je n’ai pas son numéro de téléphone, soupirera-t-il. Et ce n’était pas Jade, ça non plus, il n’aura compris.

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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le babel 29/05/2013 09:55

Les petits-enfants de Colin et Chloé sont devenus aussi sages que les horaires du tram 33. Même dans leurs sentiments, la raison en tranche de saison se taille la part du lion, aussi longtemps
qu’il y a du réseau.
Tu parviens à restituer chaque laque de ces décors où se répète le même échec des raisons en ces rencontres fuyantes dues aux sensations.

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