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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 13:11

 

 

 

 

(suite de LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ (suite) )

 

 

 

Se cacher lui allait au teint au cœur à l’instant : Vanessa avait croisé sur ses seins,  noué au-dessus de sa taille un léger vêtement en laine d’angora vert d’eau qui laissait des plumes partout, la distrayait car elle ne supportait aucun poil superflu. Sa peine était immense, les compensations toujours trop petites.

Vanessa souffrait de brûlures  et de l’ignorance de Jean-Phi à son égard. Elle végétait dans la villa après avoir offert en vain aux regards d’Odile et de Jean-Philippe ses seins endoloris. Odile, experte,  l’avait enduite de Biafine, Jean-Philippe avait prié que son téléphone retentisse loin mais sûrement du périmètre de la douloureuse. D’une part, il ne voulait pas entraver l’amitié entre les deux femmes, d’autre part il réprimait son faible pour Vanessa, tertio, plus rien ne serait comme au temps de Jade. Baste.

Les cadavres séchés au soleil revenu s’étaient relevés, avaient bafouillé quelques excuses et plaisanteries grassouillettes, avaient salué l’hôtesse, soupiré ou ignoré l’absence de Jean-Phi planqué sous le tilleul du voisin, quitté la scène.

Le chat du voisin s’était frotté au bas des pantalons de l’embusqué, avait craché quand celui-ci s’était baissé pour le caresser. Ben dis donc, te gêne pas. Toi pareil, mon gros, avait sifflé le chat. Pourtant nulle part sur la barrière du jardin, sur la porte de la maison n’était indiqué « chat méchant ». Odile n’avait prévenu Jean-Phi que des fraisiers à arroser. M. Munch louait tous les ans pour la première quinzaine d’août une paillote à Porto-Vecchio, le chat ne supportait ni l’avion  ni les courbettes des jardiniers du dimanche, il traînait son abandon, sa rancœur chroniques, trompait sa tristesse en lisant les guides touristiques de son maître Munch et avait pissé au pied du tilleul jusqu’aux fraisiers, des fraisiers jusqu’au puits décoratif – bétonné depuis le plongeon éternel, inexpliqué de Mme Munch, fleuri de pétunias et de lierre coriace depuis –, du puits jusqu’à la maison, de la maison tout le long de la clôture PVC, bref, en heptagone. Jean-Philippe se tenait coi, l’arrosoir à la main, face au cerbère disert. Il priait pour le repos de son téléphone, une seule vibration aurait pu faire enrager le matou. Comme il sentait sa fin interminable, il fit venir à lui le fabuliste, son raminagrobis, il vit défiler les vers par cœur de Fabrice Luchini lors d’une soirée théâtre avec Jade qui posait la main sur sa jambe et son ardent tempérament sur l’acteur. Comme il se sentait perdu sous le tilleul qui fleurerait bon la nuit approchant, mais la nuit prochaine paraissait si lointaine  et les griffes du chat si prégnantes ! Ciel.

Il bougea à peine lorsque Vanessa le découvrit, lorsqu’elle chassa d’un coup de pied menu le chat et déclara les fraisiers sinistrés par le déluge. Puis ils dégringolèrent jusqu’à la villa où Odile avait su rallumer le feu pour quelques brochettes océanes pas piquées des hannetons. Finalement, Odile apportera la tisane réconfortante, Vanessa hurlera à la lune, une fois l’an, Jean-Philippe changera de mobile à la moindre défaillance technique, sait-on jamais, si c’était Jade ?

Dans un coin du Morbihan ou du Finistère, enfin, dans ces coins-là, à l’Ouest, on trouve encore des jardins où parlent les pierres, les trépassés, les vents, les lianes échevelées fleuries, les chats errants, les mioches à vélo, les vieux indiens, les haveneaux, le crawl d’une nageuse, la blondeur d’une mère, les engelures en plein été, les souvenirs en plein mille, l’instant, l’argentique économe donc la surexposition, le contre-jour crantés ou droits, les senteurs, les senteurs, savez-vous.

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

patrick dreux 06/06/2013 11:27

Très musical, écriture de chat, sourire qui persiste à travers des petits coups de patte ici ou là, il y a un regard dans cette écriture, on ne s'y sent pas seul!

le babel 05/06/2013 19:53

Il faut rendre aux chats cette grandeur : ils pissent sur les bobos en ridiculisant d'une sieste nos grandes douleurs, et très souvent en même temps, font l'inverse.

frank 05/06/2013 19:14

J'aime l'image des jardins de l'ouest...

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