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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 16:12

 

 

 

Je vivais à la périphérie d’une ville déglinguée où j’entendais encore le changement d’aiguillage hydraulique des trains. Telle je m’imagine, sans gros effort, et m’y débattais.

En mon fief, végétait désormais un jardin aux hortensias rouges. J’avais beau verser l’encre, concasser les ardoises à leurs pieds, ils restaient rouges avec cette pointe d’ultra violet reconnaissante de mes expériences et l’enfouissement de la mémoire.  Je ne coupais rien des ramures, aussi de maigres bras ou de maigres jambes tendaient-ils vers le ciel, vantards de leurs moignons fleuris aux beaux jours, noirauds dans la ouate hivernale. Il m’arrivait de quitter le faubourg et de traverser l’agora où des marchands tentaient encore de spéculer sur des trésors sous le matelas des déguenillés. C’était un spectacle divertissant quoique péniblement bruyant, un piètre plagiat d’une pièce médiévale,  la farce exagérée, les tréteaux en moins. Des tracts volaient sous la goualante des mercantiles, écrabouillaient, aveuglaient la tronche des gueux. Il y était écrit des slogans verbeux en lettres capitales grasses sortis de presses essoufflées. Rien à voir, croyez-moi, avec Maria Soudaïeva. La chanson était accompagnée à la guitare basse que voulaient bien alimenter au pédalier, pour quelques radis, de téméraires miséreux. Le comble du bruit était atteint lorsque le luthier et sa mandoline s’en mêlaient. J’ai toujours eu en horreur cet instrument navrant. Je n’avais pour habitude que de traverser le bourg, je sursoyais donc l’observation de ce spectacle tapageur, j’obliquais vers la gare de l’Ouest. J’enfourchais là-bas le tamanoir paressant sur les rails, alléché par mon sac de fourmis. A la lune croissante, nous parvenions à l’océan bleu hortensia. Je remplissais mes poumons d’iode dans l’idée d’échapper à la crétinerie et ma besace de guano d’oiseaux pervenche dont mon jardin raffolait. Le tamanoir et moi rotions d’aise, repus sur le sable, le nez dans la nuit, nyctalopes bien obligés.

 

 


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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 30/05/2012 02:58

Wow, quelle journée, quelles images, quel voyage!

le babel 09/04/2012 18:00

quels jupons de jardins…

Frank 09/04/2012 17:58

Excellent et de bon "en train".

Lilas Kwine 09/04/2012 17:20

très chère Emmanuelle, je devrais venir ici bien plus souvent.
décidément.
je me suis éloignée quelques instants des gouttes de ce ferié, à la faveur de tes mots.

emmanuelle 09/04/2012 17:01

et dieu sait que les téméraires miséreux tiennent à leurs quelques radis!!
et comme toi, pour la mandoline... en cette époque c'est le ukulélé qui me fait le même effet!

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