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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 15:09

 

 

 

Portrait d’Otto Alexis D.

 

 

Le plafond du séjour sis au rez-de-chaussée tomba, mais longtemps après l’accident de scooter qui valut à Otto un corset et un poumon perforé ou l’inverse dans l’ordre des choses car le spectateur voit d’abord le corset puis il entend en fin d’acte premier l’histoire loin après la fameuse scène de présentation incompréhensible où la guerre de Troie n’a plus lieu, où Hélène, actualisée dans un roman fleuve qui pourrait se dérouler dans les ruines près de Damas si son auteur ne leur avait pas définitivement préféré l’entrée du périphérique à quelques mètres de l’aquarium tropical Porte Dorée et la mondaine ivresse, est vieille et éméchée, ce fut le début d’une reconstruction au milieu des plâtres -certains gravats numérotés parmi les preuves accumulées et réservées dans des pochettes plastiques à l’usage des assureurs causèrent dans leur chute, et avant de les nommer ainsi, je dirais certaines plaques de torchis-plâtre entre les poutres ou autre matériau du XIXe voire du XVIIIe, vérification dans les manuels de construction de l’époque s’ensuivra fissa *, un mal de dos chronique à Meredith en lui fracassant la malléole-, la quarantaine au 1er étage pendant que les ouvriers décommandaient in extremis leur venue un lundi pour la remettre au 15 de la semaine suivante tant qu’à faire et, croyez-moi , puisque de visu j’eus le privilège de m’exclamer devant l’embâchage de la pièce désolée et de laisser, prudente, sur le seuil, mon bras en écharpe, il y avait à faire autant qu’étayer se pouvait , je me souviens, par exemple, de feu ma pergola qui perdura quelques étés sur de telles échasses en Charente-Maritime à quelques rochers de la résidence de Trotski.

Otto n’avait d’inné ni d’acquis encore moins de papiers à déclarer, les gélules de Skenan à effet rapide ou différé rayaient de sa carte les regrets inutiles. Etaient-ce elles qui l’amenaient à confondre la température de l’eau de Belle-Ile avec celle de la mer Egée lorsqu’il y nageait ? Cet homme-là n’était pas un crétin, l’iode suintait par le trou de son poumon et salait d’une auréole claire tout aussi bien sa chemise d’été que son manteau d’hiver. Cet homme-là a vu plus d’une guerre, ne dit pas et n’en pense pas moins.

J’ai rencontré Otto et Meredith au Jardin du Livre du Fayoum, s’il n’y avait eu les plantes, je les aurais peut-être ratés ;  il y avait foule, Otto et moi convoitions sans le savoir au même moment  l’unique poire rubiconde en l’arbre perchée, à 2 mètres, pif poil, au-dessus de notre tête, nous comptions patients les dernières signatures à nos aficionados, nous dédicacions, un œil vissé sur le fruit juteux ; le strabisme et la migraine ne tarderaient, s’ensuivraient les reproches d’Abel. (Le plafond résistait encore, Meredith évoquait Isadora Duncan, arabesques à l’appui, devant un parterre d’Egyptiens sirotant le maté de Frida, spécialiste et hôtesse des Fayoum, l’accident en scooter était déjà intervenu, Otto sentait le sel à plein nez.) J’en étais alors non seulement à mon 4e roman abordant le rivage épineux de la survie des gnous noirs grâce à la bestialité de mon héroïne, mais j’étais aussi à cette époque, bien avant que le Goncourt l’eût couronné, la colleuse de timbres du poète Rémi K. pour l’envoi de ses manuscrits, un autre métèque venu de plus à l’est qu’Otto, mais un peu moins que moi, car, de facto, cet écrivain est agoraphobe un tantinet plus que moi et déteste les bureaux de poste.  Le ciel était radieux, les voiles de Meredith lui collaient à la peau, la bakélite de mon stylo mollissait, Otto confondait l’Atlantique, la mer Egée avec la fontaine du jardin, Rémi K. buvait du karkadeh.

Otto gratifiait d’un sourire crispé néanmoins indulgent sa dernière admiratrice moite d’émotion ou de transpiration, Meredith chantait sous la douche de Frida, le jardin s’était vidé de tous les portraits, l’heure tant convoitée de la poire s’affichait. Aucun salamalec ne parapha notre complicité : même migraine, même soif, le bras idem trop court, je maintins ferme le tabouret et l’œil revissé alentour pendant qu’Otto décrocha la poire. Dans la rue, nos poignées de main furent collantes et chaleureuses, nos bouches sucrées, Meredith m’invita dès le lendemain à partager leur dîner chez eux. C’est  plus tard que le plafond tomba, un jour de représentation à l’Athénée.

 

 

 

 

 

* à propos des matériaux de construction  link 

 

 

 

 

  

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Published by emmanuelle grangé - dans portrait
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 30/06/2011 16:05


Tu as l'art...de nous faire confiance. Alors, je me laisse mener par tes mots, ravi d'être ravi au linéaire pour plonger dans le multiple et les croisements. Arrive alors cette poire qui me
rappelle le titre d'un recueil lu autrefois " Les pommes les plus hautes ".
Et nous voilà rassasiés


Frank 29/06/2011 18:39


Il me faudra relire... Sans bruit de fond...


le babel 28/06/2011 18:19


Des phrases aussi sinueuses, je n'ai pas encore osé…


Karnauch 28/06/2011 17:43


Plus l'angle est ouvert, plus la phrase se fait acrobatique et multiprise. So, je m'accroche (à la première) mais à quoi servirait un blog si l'on n'y tentait pas des double sauts périlleux (avec
bras en écharpe)... j'y retournerai, tu sais que je dois te lire en plusieurs fois... En plus j'ai cru voir une sorte d'allusion.. hum... hum...


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