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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 12:14

Antigone

Je voudrais être apprêtée, liquidée de mes derniers atours, pour…


Il en est ainsi dès que, par exemple, à Montluçon, les pieds vifs dans la librairie « Le talon d’Achille », je pose sur le comptoir 3 euros pour Notes sur la mélodie des choses de Rilke et qu’au soleil, place Notre-Dame, je lis ceci, le dédie à Alain Descarmes* et, par évidence,  je parle au babel* : « Un qui écrit le premier mot derrière un séculaire tiret. »


Il en est ainsi lorsque je fais le lien entre le travail de l’acteur et celui de l’écriveur : des passeurs  de mots. Quel arasement de rongeur souterrain !

Il en est donc ainsi de ce mine-de-rien advenu après des ratures et encore des ratures, après des efforts et combien de morts, tant de solitude souhaitée.


Il est ainsi : Féodor m’offre Antigone d’Henri Bauchau. Je sais déjà qu’aucun adjectif superflu ne m’attend. Avant la représentation du soir, je lis. Une rue sépare mon gîte du théâtre. J’irai voir les garçons dans leur loge, leur rire à ma façon de clown que…, enlever le trop de mascara, sentir les mains froides ou moites selon…


Ensuite je me dirai ainsi : comme il est étrange d’être au cœur d’une émotion simple parce qu’enfin les mots, les intentions sont digérés, terriblement humains, et d’avoir la petite distance de ça. Ni plus ni moins.


Nous nous vautrerons, dignes, dans la représentation. Aux saluts, rien ne paraîtra ou alors notre œil un peu tiré, un peu exsangue, soucieux, si souriant.


J’aurai englouti de bel appétit la tourte bourbonnaise et le verre de Saint-Pourçain, j’aurai allumé une cigarette, on m’aura alors vite indiqué le dehors froid, j’aurai vu s’éloigner l’actrice, l’acteur, seuls dans la nuit. Il givre presque.


…écrire.
 

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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

Stipe 28/10/2009 13:31


j'ai l'impression de t'entendre les dire, ces mots là. Et ça me réchauffe.


Edouard 27/10/2009 12:33


C'est super bien rendu.
Pas trop le blues post-antigum, j'espère. Car ces expériences, on ne les gomme jamais, quelle qu'en soit la tonalité.


Thierry Benquey 26/10/2009 19:33


J'aimerais que tu pretes ton corps à mes mots, histoire de faire le lien entre les histoires, les planches, le rideau qui s'ouvre parfois sur la réalité, celle de l'autre, deux yeux, des centaines,
dans le noir, ils te regardent, ils t'entendent, on peut assurement entendre avec les yeux. Je t'embrasse, Thierry


soleildebrousse 26/10/2009 14:24


J'ai adoré l'Antigone de Bauchau.
Oui, tout ce rouge, tout le temps, pour toi la fille de feu, ça colle.


stephanie gaou 26/10/2009 12:53


La première phrase, surtout, fait écho... quand l'intime se donne à lire, c'est ça.


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