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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 11:49

 

 

 

 

C’était bizarre, ça sentait le pêle-mêle des saisons, je n’avais plus froid d’un coup ni aux yeux. Les brins de muguet avant d’éclore s’étaient marronnifiés, le rosier Ronsard embourgeonné pétait la forme. Thomas semblait avoir gélifié ses tulipes jaunes qui pointaient mais se refusaient à l’ouverture, venant de la part de Thomas, cela me faisait sourire, mais plus glousser. Thomas et moi avions suivi les mêmes cours d’horticulture à Marrakech, puis la vie nous avait désunis comme dans la chanson.

C’était dommage comme les baisers de Matthieu à, je ne sais plus comment elle se prénommait, cette fille, tu sais, cette fille irlandaise qu’il disait, l’autre qui se targuait de cuire la poularde dans le jus des morilles, accompagné de cette fille de plus en plus voutée dans la fraîcheur de la terrasse ventée entre deux coqs criards. L’Irlandaise, je me rappelle, avait d’autres chats à fouetter et se prêtait au jeu de bouche au chaud, l’autre se courbait, je lui voyais deux tristes sillons, des ailes du nez  jusqu’à terre. Je l’aimais bien, elle m’avait parlé de quelques films et de son pays, l’un des deux criards l’avait enveloppée de son manteau car elle grelottait, puis s’en était allé grossir vulgaire la piaillerie de l’autre volatile emplumé au bastingage de la terrasse fleurie (j’avais eu peur pour les géraniums, mais en chaussant mes lunettes, j’avais identifié leur rouge plastique immortel). Je ne sais de quelle vulgarité on s’en causait, cependant, à l’allure des crêtes rubicondes,  je la reconnus et la fuis délaissant la déjà seulette au poids frêle de ses épaules qui ployaient et à la basse-cour. Je retournais à l’intérieur et à l’Irlandaise bouche que veux tu. Omar, le cafetier, n’en perdait pas une, me dit, je t’avais prévenue, ces gusses-là sont louches. Je lui clignais de l’œil, nous étions bien d’accord même si j’avais un temps de retard et la curiosité banale affûtée. Dans l’antre moite, plusieurs autres braillards et les mèches embrasées de l’Irlandaise papillonnant des lèvres à la main de Matthieu aux clients gueulards. Thomas était cendré de la tête aux pieds, ne quittait pas son manteau gris même lorsqu’il me proposa de danser joue contre joue avec lui, j’essayais de diversifier la couleur en lui murmurant à l’oreille – c’était mieux que lui murmurer au nez qui aurait fait se décoller les joues dans ce petit bruit désobligeant de la sueur enveloppant mon hidalgo, non ? – les paroles approximatives du chanteur qui nous baladaient, « comme une ritournelle qui revient à tire-d’aile, emportant le mouron qu’était son lit, un beau matin », je chantais faux, ça n’était pas une révélation, Thomas ne bougea pas d’une nuance, me serra au plus près envoyant valdinguer mon roucoulement alentour le plus proche qui était l’Irlandaise bouchue à Matthieu.

Ça n’était pas si dommage car, après ce slow musette humide, l’Irlandaise me proposa une coupe :

tu t’appelles comment ?

Emmanuelle.

Enchantée. Moi, c’est Ma…

(Madeleine, Mado, Mady, Marguerite, Martine ?... Sais plus.)

Merci. Santé !

Là, de tradition obligée sinon tu t’enquilles dix ans de malheur,  elle plongea ses yeux verts ourlés de rouge pour de vrai ou de maquillage dans les miens qui, bien qu’astigmates, reconnurent enfin la fille collée à Bob lors de la soirée chez Odile et ne se noyèrent pas.

Ça alors !

Ça alors !

Et Vanessa ?

Et Vanessa ?

         Dommage, cela aurait pu constituer une suite à mon blog du 2 mai, cela tournait court, néanmoins pas si mal que ça dans ma tête. Je finissais par m’ennuyer, c’était enfin un bon réflexe, je claquai la bise et un billet à Omar, si j’allais trucider quelques personnages ? pas si sûr que ça, je pris par cœur l’e-mail de la fille toute courbée qu’elle me jeta, Miriam, pas Myriam, pas avec un y, Thomas se lavait les mains depuis un bon moment aux toilettes, je pris in extremis le dernier tram, je vis trop tard la femme cassant un talon dans les rainures, il y eut comme un éclair dans les caténaires et du sang sur les tessons du gazon (blog du…)

 

 

 

 

  

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

le babel 07/05/2013 18:18

"j’allais trucider quelques personnages". De fait, en voici une brochette prête à la dévorance.

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