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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:44



Il m’arrive de cligner d’un oeil, de l’autre,  je remets ainsi les choses en ma place et essuie un grain de sable sur le bruit d'une photo.


Tout était blanc de vapeurs salines lorsque nous partions l’un derrière l’autre vers l’estuaire.

Il  m’intimait la deuxième place. De lui et jusqu’à marée haute je ne voyais que le tronc dorsal épais, les pantalons raides de sel, les mains empoignant les basques. Sur la berge, nous pouvions sentir le gras de l’esturgeon. J’attendais le soleil haut pour m’affaler et déjeuner de concombre, de harengs. Je prenais place entre ses jambes; je roulais ma tête sur sa poitrine à l’écoute des battements de son cœur, ses pectoraux cognaient mes oreilles. Une barge, je pensais que c’était toujours la même, claquait des ailes avant de piquer, familière, nos épluchures. L’oiseau continuait la route avec nous, perché sur ma tête, becquetant le sel de mes cheveux, à l’ombre du gros dos. Dès qu’invariablement le sol mollissait, que j’entrelaçais mes chaussures autour de mon cou, la barge jargonnait, dérangeait l’étal de l’air fraichissant et déguerpissait. Le jour allait tomber raide dans la mer désormais toute proche. Les bruyères abdiquaient devant les oyats pointus -j’ai toujours l’herbier offert par mon ami-. Bientôt la mer essayait de déséquilibrer notre indiennade; du toujours même geste il me hissait droite sur ses épaules avant de sauter dans l’esquif, allumait alentour les bougies flottantes italiennes. Nous relevions les filets. Le feu animait d’un coup sa barbe et mes tresses maculées d’écailles. Puis il me regardait et parlait : de grands traits striaient mes cuisses et mémoire. Dans le tracteur qui nous ramenait,  je faisais la molle, rassasiée d’un jour levé et couché, j’entendais le sang zigzaguer dans ses bras, toute au chaud de lui, sous les ongles, une odeur de sprats. Le père ne dormait jamais.




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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

Stipe 09/02/2010 15:01


de la douceur dans les mots, dans l'image. Et ces libertés que tu prends avec la langue, non vraiment, tu ne passeras jamais en seconde position...


soleildebrousse 29/01/2010 16:31


l'homme dit par la femme possède une tendresse toute particulière. la mémoire ainsi faite, raye de l'ongle pâle tout ce qui nuit à la couleur, c'est donc beau comme une image neuve. merci.


stephanie 29/01/2010 00:50


A la pêche à l'amour... Des instants de bonheur à graver, j'aime avant le lit m'enivrer de tes mots, et puis plonger dans le grand sommeil. Des baisers, ma Emma


Thierry Benquey 28/01/2010 19:13


C'est beau comme un coucher de soleil qui tombe raide dans la mer.
Merci
Amitié
Thierry


Hime 28/01/2010 11:59


Sublime, comme toujours, et je me sens petite à le répéter inlassablement, sauf que c'est tel que ça me vibre dedans.


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