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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 17:25

               Combien de temps êtes-vous parti ? Si de la paume je pouvais étreindre votre joue, je le saurais à la minute près. Vous sentiriez que ma main a grandi, ses longs doigts effeuillant les rideaux à la recherche du passant qui aurait pu être vous à chaque heure de la journée. Je m’en suis fait du souci !  Un sang d’encre, regardez donc mon cou, dans cette surexposition on distingue le renflement de la veine, elle est noire, ou est-ce un reste de terreau? Les hortensias se plaisent de plus en plus, ils ont fini par envahir votre banc. Cette photo est pour vous, parfaitement. J’ai la vôtre devant moi. Vous n’aviez pas besoin de mettre une flèche indiquant votre tête, je vous ai tout de suite reconnu au milieu de tous ces musiciens ! Ainsi, comme ici, il fait soleil à Salzburg. Hors festival,  il m’est arrivé d’accepter l’invitation des Kronstadt, vous étiez proscrit de nos discussions, mais je voyais un de vos cigares traîner. On a beau être délicat, il y a toujours une cendre pour rappeler nos jardins !

               Comme il est curieux : plus que votre âme, vos sentiments, je me rappelle vos gestes. Vous me poussiez toujours à écrire ce qui nous reliait, en somme, ce que vous deviniez de moi à vous, mais ce que je taisais.  Non, j’ai écrit de votre stature dans le contre-jour d’une matinée ou encore de votre majeur appuyé sur l’arrête de votre nez, de ma tête dans votre épaule alors que vos yeux portaient ailleurs, que vos lèvres remuaient votre bouche muette. Non, ce que j’éprouve ne sont  que ahanements ou soupirs ou trémolos ou rire ou sudations ou encore pires conventions ! C’est ce que je lis dans les livres ennuyeux, de la littérature, de la littérature… Alors, vraiment, comment pourrais-je hier comme aujourd’hui parler de ça ?!

               Il me tarde de vous voir grimper le sentier jusqu’au seuil de la maison, je n’ai pas peur de vous à l’improviste, mais j’aimerais vous deviner dans la montée,  écarter le caillou de votre canne bien à l’abri de mon rideau.  Cela me ferait un souvenir à colporter dans mes cahiers. Vous êtes-vous voûté ?  un peu ? il me le semble sur cette photo.  J’ai mis au frais le Pouilly Fumé ; quant aux coquilles Saint-Jacques promises, ne tardez pas, vieux bougre, dans votre besace, elles pourraient s’essouffler !

De vous à moi, infiniment.

 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

hervé pizon 18/03/2010 16:54


l'académie des belles-lettres, sans l'académie.


stephanie 09/03/2010 23:03


Des réminiscences qui me donnent, et faim, et soif... Je t'embrasse, tu manques, alors venir te lire, c'est comme te voir un peu. S.


Thierry Benquey 09/03/2010 08:41


Sehensucht ist süß-sauer aber doch süß
Je t'embrasse.
Amitié
Thierry


John Peter B. 08/03/2010 17:36


8-)
toujours ce style ...


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