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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 14:40

 

 

 

 

Raymond Wiever a 60 ans aujourd’hui et deux trois kilos en trop autour de la taille. Raymond comme Marcel, par exemple, sont des prénoms datés, ils évoquent le noir et blanc, le cattleya, un second rôle au cinéma. On dit assez vite, facilement, Marcel Proust, Raymond Bussières, enfin, ce sont surtout les associations d’idées de Raymond Wiever né en 1954, fleuriste sis rue du 22 Novembre à Strasbourg, à quelques numéros du cinéma Star, après qu’il m’a tuée involontairement mais avec colère. Dans sa boutique au milieu des clients. Pas très malin. Raymond qui me secoue, bredouille « pardon, pardon » à mon cadavre, son ventre sanglotant, bouscule les témoins en pâmoison, qui prend la fuite avant l’arrivée du SAMU et de la police.

On ne retrouvera pas Raymond Wiever. La ville est en émoi, en fureur, en désolation, un crime ne peut rester impuni, les autorités sont huées, l’Audimat explose, on peut même lire dans un journal national l’éditorial d’un écrivain  titrant « Qui Wiever vivra et fleurira encore ».

Raymond se réfugie dans une cave que personne ne connaît plus, un endroit où les situationnistes se retrouvaient.

Avant sa maladresse irréversible à mon égard, il y dépose ses tubercules, ses rhizomes, ses graines, ses terreaux, c’est sa garçonnière, il m’y emmène en douce, rien que moi, personne avant toi, personne après toi, précise-t-il très sérieux ; il allume une baladeuse et un radiocassette, il me montre ses trésors puis nous roulons dans l’humus, c’est doux, c’est fort, c’est Bizet. C’est comme la campagne la nuit : sans la mer, c’est un tantinet cafardeux et étouffant et glauque. Par le soupirail entrouvert, les oiseaux et les éboueurs nous réveillent au petit jour. Nous sortons du terrier, tout emplumés de terre rouge, brune, de radicelles, nous nous ébrouons, nous allons boire une noisette quai Finkwiller là où les durs arrosent leur café de schnaps.

[…]

Pendant des mois, les murs de Strasbourg sont parés d’une déclaration peinte anonyme « Carmen, je t’aime ».  Vers 1974.

 

Oui, c’est à peu près ainsi que ça s’est passé.

 

 


 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans sans
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commentaires

anatole2011.over-blog.com 02/12/2014 15:29

un texte éblouissant et vif, Carmen et Bizet en prime

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