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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 12:53

 

Jean-Noël Nupin link, sensible pertinent, a composé musique et environnement sonore aux enregistrements voix de Rémi Karnauch et de moi.

Ecoutez, il suffit de cliquer là : link

 

 

 

…Mars, et ça repart 

 

(d’Emmanuelle Grangé, dit par Rémi Karnauch)

 

 

Il ne dit pas,

ou bonne année, bon anniversaire.

A la bonne heure, il ne dit pas.

Il a creusé un terrier,

-il a toujours son casque de cosmonaute-

un peu de terre dessus,

au père, à la mère, au grand-père…

Prosit !

Il ne dit pas.

Il a des cheveux crabouillés par le service militaire

et depuis le front encore plus haut, le crâne basané,

il a des certitudes estompées.

Baleine, dit-il à sa nièce en rajustant, grave, le fil au cerf-volant.

Il serre la fillette et lui claque de bons baisers.

Rien n’est pas assez.

Il faut voir ses lèvres charnues de famille,

ses cernes bleus.

Il ne dit pas,

mais les grands yeux, oui,

glauques huîtres,

comme la mère.

Il ressemble à la mère,

le péremptoire du père.

Il tempête au fond tout au fond,

rien ne se perçoit sous le casque.

 

Elle piquait sa robe cachemire

d’une fleur de satin jaune paille,

elle montrait ses bras

et les veines de ses mains;

elle pinçait à ses chaussures

les cabochons citrine,

plaquait ses courtes mèches blondes

et bombait le front.

Il attendait au salon,

elle lui proposait

de glisser les cigarettes menthol

dans l’écrin ;

il comptait jusqu’à cinq

et claquait l’étui.

Il attendait le baiser

de celle qui partait en nuit

enveloppée d’une étole topaze.

Le baiser arrivait à son cou,

chatouillait son nez de sent-bon de narcisse.

La femme souriait et partait,

la porte se fermait douce,

il appelait la station spatiale

dans son casque.

 

Il ne dit pas.

Il ne dit pas

il ne dit pas

Il appelle et dit bon anniversaire

Il s’est souvenu

Un béquet sur le téléphone

Il appelle en milieu de journée

Il parle vite hors orbite

Je suis fatigué comme tout le monde

Surtout ne t’inquiète pas

Surtout bon anniversaire

Et ma nièce ?

Je tourne pas rond je suis fatigué

je prends la voiture parfois et vais à Kehl…

Il disait j’ai mal à la Kopf

quand il était cosmonaute à Berlin

et qu’il glissait les cigarettes

et que son baiser dans le cou

Il ne dit pas

quand on l’envoie en urne,  toute cramée toute dorée

du Pont du Diable dans l’océan

Na ja…  Entweder so oder so

 

Il tricotait des jambes

sur les plages de l’Adriatique

jusqu’à ce que les parachutes publicitaires

lui tombent dans les mains

tels  les cadeaux Bonux en plastoc.

Il disait alors son nom,

des dames le ramenaient à elle

allongée sur son transat

qui lisait Buddenbrooks

à l’ombre safranée du parasol,

et surprise elle était du retour du petit

qu’elle n’avait vu partir,

qui collait ses jambes aux siennes

qui lui tournait les pages.

Ils repartaient vers le lac de Constance.

Elle tamponnait les tempes du gamin au matin dans le train

d’un linge d’eau de camomille.

Jesus, le serveur de l’hôtel, présentait

une omelette norvégienne boursoufflée de flammes

le soir avant qu’elle s’en aille souriante,

ferme douce la porte

ramant sans lui trop petit

sur les eaux de raouts.

 

S’il pouvait il dirait quand il serait grand.

Ou peindrait.

Il prend des semaines de repos

à cause de lui-même

grâce à elle qu’il a quittée

sur le Pont

c’est un peu long

des caillasses, des algues ambrées, de la buée à enjamber

il a mal à la Kopf

il zieute la Lorelei de la rambarde des touristes

il déchausse son casque

et dit, ah ! comme eux

il appelle, bon anniversaire,

et ma nièce ?

bons baisers, je suis en vacances

il dit ça, s’enroule du plaid de La Montagne magique

c’est toujours un peu difficile de lorgner une étoile

elle a toujours fermé trop douce la porte

Un sillage de miel et le glauque pailleté de ses yeux.

 

( à Jan… )

 

 

 

 

 

 

LA CAPITALE OBSCURE…

 

(de Rémi Karnauch dit par Emmanuelle Grangé)

 

La capitale obscure du soleil

Étend ses ramifications cruelles

Rien ne bouge si ce n'est le sourire

Entrebâillant la matière froide

Le venin aigre que je distille

Au fond d'mes veines colore mes lèvres

Je masque la mort quand je m'élève

Toute droite vers la colonne

Qui me contient, en outre de chair

Je suis pourvue mais mon squelette

Pointe ses dents quand le sourire

Revient flécher l'parcours morbide

 

Un corps céleste va s'alourdir

Aussi j'grimace l'astéroïde

L'alcool me plombe, je m'abandonne

J'attends perdue dans les vignobles

Que les méchants cessent leurs paroles.

Au fond d'ma tête ça ne s'arrête...

Qu'on vienne délivrer les serments

Qu'on m'avait faits dans le jeune âge

Tu s'ras heureuse si t'es bien sage

Or rien ne bouge c'est le sarment

Qui vrille l'ivresse en plein midi

Je ne veux plus monter au faîte

De l'immature pour voir pointer

L'naufrage du temps que j'ai laissé

Couler autour quand je méduse

Mes étonnements qui se flétrissent

Je laisse dénouer mes vieux cordages

J'étais pas faite pour ce carnage

Je me suis postée sur le chemin

Où j'entends les cigales bercer

La cruauté qui règne partout, partout maîtresse

La nuit m'absorbe dans ses travaux

Travaux d'aiguille où je rapièce...

Je me délivre lointaine avec mon ombre

Dans ce pays qu'a  déserté

l'Soleil de face puis de profil

Je vois un chien tirer le fil

D'une (c'est une) chaîne qu'il a rongée

Pendant deux ans tout exténué

ll ne sait si la morsure ou la caresse

Auront raison de ses détresses

Ce sont des vacances où je me traîne

Je m'ennuie un peu, sinon ça va

Papa, maman, je vous adresse

Des gros bisous, votre fille chérie

 

 

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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commentaires

Karnauch 22/03/2011 20:20


apparemment le lien précédent ne marchait pas, alors je re-essaie en changeant le code (en écho au commentaire n°1):


Karnauch 22/03/2011 20:14


En écho au commentaire n°1:Le dormeur du bal (Karnauch/Phil Baron)


guardiola 19/03/2011 12:10


Poésie de poète, m'est avis, à ne pas ronfler d'une paupière, parce que jamais lourde.


Karnauch 19/03/2011 10:49


Pour ceux que, très éventuellement, ça pourrait intéresser, voici un autre lieu (le défunt myspace), où peuvent s'écouter d'autres poèmes (ou pas poèmes) musiqués (player):
http://www.myspace.com/prildelaparole


hervé pizon 18/03/2011 21:16


à vous trois : bravo, n'avez ni les doigts dans le même sabot, ni les oreilles dans vos poches.
ps : l'ami Benquey a la langue bien pendue :)


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