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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 02:42

Et dire que je ne l’ai toujours pas reconnu !

Il me happe dans un couloir du théâtre, et comme on me présente je vais prononcer à l’échange aimable mon petit-nom , et comme me voici ensouverainisée par lui, d’un coup revenue à mes répétitions genevoises d’une Cerisaie mémorable ci-sise en mes muscles tant les talons pointus ont remonté jusqu’à ce jour ma colonne vertébrale tant je m’en allais confiante et sans complexe de mon écoute et de ma pensée vers l’acte. Il m’appelle Emmanuelle, et je suis incapable de me souvenir de lui.

J’avais dit oui au metteur en scène qui me proposait le rôle de Douniacha qui dès la première répétition me flanquait sur des talons aiguille, qui me faisait retrouver la Lioubov , Christiane Cohendy,  de mon concours d’entrée à l’école du TNS, qui m’élevait enfin de la jeune fille de bonne famille à la servante enrêvée d’une décadence aristocratique. Je me rappelle toutes mes bonnes résolutions, mes livres, mes leçons serrées flanquées à l’arrière plan comme une digestion qui demande maux de tête, chairs à vif et oubli, oubli de ce que je croyais être mon emploi d’usurpatrice -je jure qu’à cette époque je me voyais photographe du Moyen-Orient, que je ratais la date du concours d’entrée à l’école de journalisme-.

Je fis un voyage, je m’y vis, je m’y employai. J’eus la découverte de chanter, de tirer à l’arc, de dormir à certains cours de dramaturgie, d’écouter ou non car s’agitait toujours le jardin secret hors école convenue, avec mes doutes.

Et dire que je prétends avoir une mémoire d’éléphant, je ne l’ai pas reconnu !

Ainsi je vécus aussi quelques quatre jours de vacances avec Sarah et Christiane à Venise, nous y fîmes de mille réclamations une chambre à nous trois, et, des pigeons,  Emiliano m’entrouvrit une soupente la dernière nuit. Ainsi mes compagnes me grimèrent-elles sans souci de mes doigts frottant et déclamant mes yeux.

Et je n’entends guère mieux son nom épelé aux étapes de notre travail…

Comme tout me revient et ne m’a jamais quitté sauf ton nom, mon ami d’alors qui me vit un beau soir d’été juste entrer en scène alors que s’éteignait le jeu d’orgue pour cause d’orage en cette première représentation d'Avignon et que si frêles et périssables nous reprenions plusieurs minutes après le déclin extraordinaire de La Cerisaie.

Ainsi s’en vont les noms, et demeure la communion des actants.

Ainsi nous nous parlions, joyeux nouveaux combattants de théâtre en ce début décembre à Vidy, Lausanne. Michel Beuchat, je te salue, toi, à la lumière, que je n’ai pas reconnu, moi, jeune actrice… je te salue.

 

 

 

 

La Cerisaie

d'Anton Tchekhov

 

 

Traduction :

Laurence Calame

Création 1983

 

Mise en scène

Manfred Karge

 

Matthias Langhoff

Scénographie

Vincent Callara

Costumes

Vincent Callara

Lumières

Michel Beuchat

Son

Pierre Schlegel

Musique

Hansgeorg Koch

Interprétation

Pierre Banderet (Yacha)

 

François Berthet (Piotr Sergéievitch Trofimov)

 

Patrice Bornand (Sémion Pantéléievitch Epikhodov)

 

Laurence Calame (Ania)

 

Michel Cassagne (Firs)

 

Christiane Cohendy (Lioubov Andréievna Ranievskaïa)

 

José Espina (chef de gare)

 

Emmanuelle Grangé (Douniacha)

 

Bernard Heyman (voyageur)

 

Serge Nicoloff (Léonid Andréievitch Gaïev)

 

Olivier Perrier (Ermolaï Alexéievitch Lopakhine)

 

Jocelyne Quentin (Charlotta Ivanovna)

 

Laurence Rochaix (Varia)

 

Jean Schlegel (Boris Borisovitch Simionov-Pichtchik)

Musicien

Alexandre Favez (violon)

 

Christian Paulve (contrebasse)

 

Yanneck Sidlow (piano)

Figuration

Monica Budde, Eva Heymann, Sylvie Moris

 

 

Assistanat à la mise en scène

Monica Budde

Réalisation des costumes

Victor Sanchez

Collaboration à la scénographie

Léo Van't Schip

Collaboration aux costumes

Victor Sanchez

Collaboration technique

Jacques Favre, Olivier Lorétan

Régie générale

José Espina

 

 

 

 

 

IMG-copie-1.jpg

 

 

 

  

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Published by emmanuelle grangé - dans histoire de famille
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commentaires

babel 15/12/2010 20:52


eh oui, et merde ! Sur quelle scène nous laisse-t-il - encore un - entrer sans lui ?


Llanafan 15/12/2010 18:58


Oublier l'essentiel mais rarement


Thierry Benquey 13/12/2010 18:55


C'est horrible. Je n'oublie jamais un visage, enfin presque jamais, à un tel point qu'il m'est arrivé de croire connaitre des gens que j'avais regardé dans le métro... Mais les noms... Les
noms...
Amitié
Thierry


SOAMI 12/12/2010 18:44


orfèvre tu es!


Sybille de Bollardiere 11/12/2010 23:55


Toujours cette musique des mots qui vous va si bien et qui me plait toujours autant. (Hélas, je ne reçois pas l'invitation à vous lire à temps. j'arrive mais tard.)


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