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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 14:31

Les mains dans les senteurs en tête

 

N’allez pas chercher ailleurs : l’agneau a plus d’odeur que le bœuf que la volaille sauf le gibier faisandé qui  inonde des jours après la paillasse de la cuisine, rien n’y peut mais, même pas la machine à café tous les matins du monde.

Savez-vous qu’il faut d’abord taire les senteurs, bah, ouvrez la fenêtre ou endormez-les dans l’eau ou l’huile d’olive : pour le pesto, une couche de basilic, une de sel, dix de der jusqu’à fermeture du bocal. Une viande plongée dans l’eau froide sera succulente –sauf si votre boucher ou le supermarché sont nases-, une viande plongée dans le frémissant donnera un bouillon pâmant.

Le temps est important en cuisine car suspendu.  Il peut commencer par la vadrouille au marché ou l’égarement dans un boui-boui fabuleux de Belleville, on ne sait ainsi si de baguettes ou de harissa sera le pot sur le feu à moins que la boucherie normande fasse la réclame de l’agneau de pré-salé, dans ce cas il faudra impérativement trouver le légume d’accompagnement au bord de l’eau, point d’algue chichiteuse, peut-être un rond chou-fleur de la Bretagne d’à côté, en tout cas quelques rattes écrasées à la fourchette, des cristaux de fleur de sel, une louchée de la crème pleine de là-bas… A moins que les champignons parfumés et la ciboule à l’étal de la Belle de Shanghai vous détournent définitivement des embruns bêleurs après un hâtif « bonjour, ça va, comment ça va, oui, bien » au boucher de la rue des Pyrénées.

Il faut d’abord taire les senteurs, leur fermer le clapet, reléguer la souvenance d’un aïoli au pied des Cévennes dans ce jardin à l’ombre du micocoulier car de rappels inexacts trop circonstanciels est empruntée la mémoire. Vous me suivez ? Bon…  Gardons le sentimental à distance et le couteau rétamé sur la planche à découper. Rompez avec le monde extérieur braillard, vous l’avez importé dans votre cuisine en tons, volumes, couleurs pleins de terre et de grâce brutes muettes.  Gorgez-vous du Trio Nocturne de Schubert, remettez le couvercle, oyez les instruments s’accorder, vous en pleurerez à l’ombre de l’oignon.

Je suis dans mes quelques mètres carrés blancs d’origine, crémeux aujourd’hui d’odeurs punaisées envolées. Rien n’est pareil à ce jour-là. Je râle toujours à l’encontre de mon espace non fonctionnel, pourtant je m’en voudrais d’un propre et d’un rangé qui déclineraient l’attendu. Vous êtes comme moi, vous lorgnez d’un œil une recette, de l’autre vous lui tordez le cou parce qu’aujourd’hui vous êtes libyens et toujours depuis tout le temps intranquilles ; je coupe menu le poivron, je déplore ne pas avoir vu craqueler sa peau dans le four à faible température pendant que j’écoute Schubert et cisèle la coriandre…  J’ai une dernière gousse de vanille envoyée par Zou, elle infuse dans les poires une senteur, mais une senteur…

 

 

 

 

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Published by emmanuelle grangé - dans la nuit
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commentaires

Christian B. 11/03/2011 22:14


Taffelmusik au fumet des plus succulents, frémissants - par-delà le graillon de nos bas mondes - gagnant en douce enveloppe jusqu'aux lointains un brin embrumés de mes collines... et avec ce
Nocturne là, oui, en invitation toujours "chavirante" au temps en suspens.


fragon 11/03/2011 19:17


Ainsi dans les cuisines, la vie va... ! cycle des mains qui s'agitent et des esprits qui vagabondent.


Lyonnel GroulezLa cuisine est un jeu comme la musi 10/03/2011 13:48


La cuisine est un jeu comme la musique, la poésie ou les mathématiques qui réclame rigueur et folie. Le respect des règles est garant du résultat, mais c'est en les violant que l'on crée les
miracles.


Sybille de Bollardiere 09/03/2011 22:23


L'intranquillité des poires en cette fin d'hiver et un je ne sais quoi dans l'air qui me donne envie de monter le son... de Schuber,t qui te va si bien


emmanuelle grangé 10/03/2011 11:48



j'ai du retard dans mes lectures de toi -j'ai beaucoup de trucs qui me tombent sur la tête en ces moments-, te dis bientôt mes "Winterreise".



zou 09/03/2011 18:59


je te lis ma habiba et toujours j'ai la palpitation (sourire)
je suis loin surtout en ce moment mais je me rapproche peu à peu...le vol est prévu pour cet été et cette fois c'est du lourd,ça pleuvra des senteurs, sourire


emmanuelle grangé 10/03/2011 11:42



y a intérêt car grève des épices grave je ferai sinon !



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