Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 23:03

 

 

 

Je me souviens presque, j’écris de cette allure au petit matin, je me souviens très bien lorsque les gendarmes m’annoncèrent la mort de mon père, j’étais très irritable, j’étais encore en peignoir et j’écrivais quoi ? je ne me souviens plus, j’étais irritable, je leur ai raccroché au nez, ils me demandaient quand je pourrais venir, je n’ai pas dit, je vous dirai, j’ai raccroché et j’ai pleuré parce que, quand même, il y a façon et façon d’annoncer à sa fille la mort du père, on met des gants, non ?, on toussote un peu avant de parler, on dit, sincères condoléances, oui, c’est ça qu’on dit, j’étais irritable peut-être à cause d’un mot idoine ou d’une phrase laborieuse, mais surtout à cause du téléphone qui sonna et amplifia mon agacement, il était branché dans mon bureau, je l’ai changé de place depuis, à l’étage, je ne l’entends pas sonner au rez-de-chaussée et je préfère ne pas répondre lorsque mon mobile vibre lorsque je travaille à la recherche d’un mot, d’une phrase, voire d’un sens à tout ça, souvent je ne sais pas où j’ai laissé mon mobile, presque toujours, je l’ai jeté sur un coussin ou un truc comme ça qui étouffe les vibrations, je ne suis pas commode lorsque, même gentiment, doucement, on frappe à la porte de mon antre, je fais un effort quand même, je réponds, oui ? je deviens irritable, mais je le cache pas trop mal, on repart assez vite, tôt ce matin-là, ensuite, j’ai pleuré, c’était foutu pour la journée, c’était pourtant un soulagement, mon père était mort, je m’y attendais, des années qu’il en avait marre, j’avais toujours peur qu’il meurt trop près de moi, qu’il le fasse exprès quand j’étais là, j’avais peur de ça, je m’enfermais dans ma chambre, il m’arrivait de pleurer par impuissance, voici un mot juste, j’ai été irritée aussi par le ton du gendarme, j’ai répondu sur le même ton, j’ai dit, je viendrai quand je pourrai, j’ai raccroché, j’ai peut-être même hurlé dans les larmes, c’était quand même mon père, puis les bons souvenirs avec lui sont revenus, je n’ai plus peur, il m’a acheté des bottes en caoutchouc, il m’apprend à pêcher à la mouche, j’emmêle le fil de la canne, mais ce n’est pas grave, nous avons tous les deux des taches de rousseur sur les bras, la peau irritée.

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by emmanuelle grangé - dans sans
commenter cet article

commentaires

anatole2011.over-blog.com 10/02/2014 15:42

Ce texte me bouleverse, me renvoie à ce qui reste; je ne sais pas pour toi, mais ce que mon père m'a appris, je l'ai su lorsqu'il n'était plus.

l e b A b e l 10/02/2014 06:26

Ces quatre fois "irritable" qui reviennent scander ! J'ai toujours, de mon côté, bien de la peine à gratter là où ça me démange vraiment.

Présentation

  • : chantier traverses emmanuelle grangé
  • chantier traverses   emmanuelle grangé
  • Contact

Recherche