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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 17:03

Sur une rive se dressait une ville, sur l’autre une très différente, mais j’avais quitté Budapest depuis longtemps, en aucun cas ce ne pouvait être les thermes que je distinguais par le hublot. Je tanguais ; seules pointaient d’un côté les toitures vrillées par le vent et à bâbord les caves citadines se hissaient, en leurs serres de harpies la glace des trottoirs. Un chahut formidable devait profaner les sempiternelles molles guirlandes de saison car, bien entendu, de ma cahutte aucun cri ne me parvenait, je regardais d’un bord à l’autre les mêmes enfants dégommer les fils électriques et de leurs pommettes rouges rouges allumer la nuit. Comme ils tricotaient des jambes et des bras, ces loupiots de cosaques ! Et bestioles de trait,  ils tiraient à s’en déboiter l’épaule mon rafiot encordé clapotant dans la banquise ! Je voyais, je voyais -mon amour, mon amour, ne baissez pas la garde de mes tempes, il fait bleu, il fait bleu !- de tous côtés à la fois la véraison gronder.

 

Je ne sais comment ces lestes rats abandonnèrent la flûte commanditée - à te narrer aujourd’hui cette fièvre épique, je perds le cours du fleuve qui m’amène pourtant à partager avec toi la conserve de sprats et quelques bâtons rompus-, toujours est-il qu’à Belgrade je fis escale.

 

On me donnait la clé d’une chambre vaste et désuète comme une salle de bal qui fermait à double tour, sur les fenêtres fraiches de PVC,  je lisais security. Je mettais un pas devant l’autre et m’enfonçais dans les draps du lit. De mon odalisque ainsi campée je pouvais voir le petit joueur d’accordéon dans la rue. Dans mon rêve je lui jetais de mon deuxième étage quelques pfennigs enveloppés dans du papier journal, mais ceci était illusoire et crémeux de bonne conscience car alitée, vitres calfeutrées j’étais. On frappait à ma porte -ouvre, mon amour, ce sont foie gras et champagne yougo offerts par la direction !-, mais je ne répondais que trop tard et reprenais mon pied marin en une pinasse aux becs relevés, matée et voilée, vers le delta.

 

Cela dura peut-être trois jours… Un matin, le coq me réveilla, un cahier de doléances en son bec, quelques factures, quelque pub pour un fast sushi bar, des messages inaudibles sur mon répondeur de téléphone nase. Le 25 de ce mois, c’est ma fête. J’hésite à ramer jusqu’à Darty pour acquérir un téléphone, je fais la molle guirlande, j’enrubanne mes présents aux marmots dégommeurs, à Suzanne qui dessine, à Zina sur la bouche de métro, à Robin qui m’a refilé sa gastro et cette traversée du Danube,…

 

 

IMG_0003.jpg

 

Klodovo, Danube, mai 1990, tournée de "le triomphe de l'amour"

 

 

 

 

IMG 0002

 

Belgrade, mai 1990, tournée "le triomphe de l'amour"

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Published by emmanuelle grangé - dans à vous
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Christian B. 05/01/2011 00:52


Sûr, comment ne pas se laisser prendre par un tel chaloupé Mitteleuropa ainsi façonné, quand sous ta plume les escales deviennent elles-mêmes de formidables traversées? Rien de plus éloquent, du
reste, que ces échos valseurs aux mille temps ralentis, le ternaire étiré mélancolie (volontiers de syncope) avivant les entre-chocs d'époques, bien au-delà en tout cas du sirupeux des guirlandes
de saison... Cette musique-là, oui. (tiens, il me revient aussi en coin d'oreille la fresque de si bel itinéraire danubien de Claudio Magris...)


ocielan.over-blog.com 01/01/2011 23:43


Tu rends harmonieux ce qui ne l'est pas. C'est très beau et ça sonne tellement juste !


Thierry Benquey 25/12/2010 12:26


Les thermes de Budapest, ma femme m'en a souvent parlé. Elle les a connu du temps de la RDA, un pays frère, pas moyen d'aller plus à l'ouest. Les joueurs d'échec dans les vapeurs du bain est une
image que j'aime bien. Pour Belgrade, ca se dégrade, il manque toujours deux ponts, perdus dans les bombardements d'un OTAN emporte le vent. Je t'embrasse mon amie.
Thierry


Karnauch 25/12/2010 11:24


Pas de doute que t'as du style, peut-être trop, peut-on dire qu'on a trop de style?... en tout cas je te lis toujours avec curiosité... R.


Ktylam' 24/12/2010 14:18


une mélancolie magnifique, l'accord des choses sans doute à retrouver :-)


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