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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 11:26

 

 

 

                 Peigner la girafe, longtemps je crus entendre et voir peindre une girafe (c’était gouleyant, acrobatique et possible). « A toute chose, malheur est bon », « qu’est-ce que le bonheur ? » ou « qu’est-ce aimer ? », bien, cela vaudrait peut-être un coup de pouce à ma réflexion personnelle…  Je m’exécute, je cherche, vous n’en doutez pas, chez les poètes quantiques, Blaise Cendrars et surtout dans la relecture sur papier bible des Récits de la Kolyma. Tout à l’heure, je finirai Sept pierres pour la femme adultère. Un petit «Tex Avery », et hop au lit !

 

Que je peigne la girafe, voilà ! Je veux en venir à une histoire qu’on m’a racontée. Les états d’âme,  je vous les laisse, entre deux lignes, vous en reprendrez bien.

 

Il s’agit de peinture verte.

Il pleut, le périphérique est dégagé, nous partons un dimanche après-midi  en proche banlieue acheter pour votre cuisine quelques pots de laque. Vous garez la voiture au sous-sol de la grande surface  -j’apprends par la même occasion, ah, chère distraite, que sortir de ce parking veut dire grimper et non descendre, bon…-  Nous ne manquons pas de déblatérer à propos des aléas de la semaine, et comment ça va, vous, avec votre boulot ? Ne m’en parlez pas !… Toutefois nous préférons nos bouches chuchotant et se frôlant dans les allées de couleurs. Il en est toujours ainsi : de me faire rire ou pleurer, tu me plais. Hors champ, nous explorons la peau et ses vertiges. Alors que vous hésitez entre le vert d’eau, le jade et la môme vert-de-gris, vous m’asseyez sur la première marche de l’escabeau qui monte au dernier étage du rayonnage et me narrez du haut de la girafe cette histoire de jeunesse :

 

votre grand-père Julien, un bricoleur de tous les jours, avait une préférence pour la couleur de l’étang par temps d’orage, un vert, mais un vert, me précisez-vous. Armé de pigments, il recréa cette teinte. Il en peignit la clôture, un mur de la cuisine, la charrue d’antan; il en restait toujours un pot. Souvent vous passiez les vacances chez lui.

Un jour d’ennui par grande chaleur, à l’heure de la sieste, la permission vous est accordée de repeindre votre biclou car adroit, délicat et silencieux vous êtes. Peut-être pensez-vous à la fameuse campagne qui blanchit… et vous, y pédalant de vert guidon… Vous en êtes au pointillisme sur la sonnette lorsqu’apparait Delphine Rabotier, la jeune voisine pas siesteuse pour un sou ni pimbêche et si blonde à l’entrée de la remise. Baba devant cette créature aux longs cheveux, vous bredouillez « comment ça va dans ces vacances avec tes grands-parents ? », vous avez déjà l’approche gaillarde de tout comme si de rien n’était, ce brin de couleur complémentaire dans la voix et toujours votre pinceau en main.

Comme ce vert est joli et peu commun, dit Delphine.

Tant mieux s’il te plaît.

Pistache, non ? Enfin, pas tout à fait ! Je peux ?

Quoi ? Ah, bien sûr ! Entre !

La belle s’approche du vélo, du pot, de vous, confiante. En instinctif artiste, vous commencez par lui brosser vert, de haut en bas, les cheveux, vous contournez son serre-tête, puis la robe, pli par pli, manche après manche, la finale se fera au rouleau tout à trac… Ensuite vous ne vous rappelez plus sauf les cris des vieux mal réveillés délivrant la consentante de votre performance et la punition à copier cent fois « Je peux peigner la girafe mais pas mon amie Delphine avec du vert. »

 

Vous me déclarez en haut de l’échelle que vous n’avez jamais revu votre Galathée, vous regardez mes boucles, je vous détourne péremptoire vers le coloris taupe-tendance sur le présentoir d’en face.

Puis viennent des périodes noires, lourdes, nous nous perdons. Je me demande si un jour d’ennui fabuleux vous avez repeint votre voiture et moi avec, cher si bel unique monochrome.

 

 

 

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commentaires

Thierry Benquey 14/03/2011 13:24


Me fait penser au Breton. Un mot pour chaque état et couleur de la mer. Pour les Inuits aussi, c'est pas la mer pour eux mais la neige et la glace.
Je t'embrasse à nouveau
Thierry


fragon 11/03/2011 19:21


Extra ! des mots tout en couleur !


Christian B. 05/03/2011 13:33


La verve souriante de l'épisode, sans nul superflu d'aventure, lourdes couches ou improbables badigeons, le si peu commun de ces teintes, oui, au fil de tes mots-images toujours frappées au coin de
couleurs rares, plume-pinceau en grâce... Haute délectation garantie!


guardiola 02/03/2011 09:49


Ah chère Emma, je te trouve particulièrement singulière exquise peintre poète sensible dans ce "tout à trac" de mots aux mille couleurs si nuancées! Un régal!


agathe 28/02/2011 11:57


monochrome d'un printemps pas encore tout à fait là. Cela fait trop longtemps que je n'avais pas eu l'instant de me poser là, chez toi. Tracas, soucis, lourdeur, balayés d'un coup de pinceau, d'un
coup de toi. Merci.


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