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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 16:21

 

 

mai 2014 003

 

Il devait faire tempête, ainsi l’avions-nous cernée : nous avions chaussé les bottes, roulé capuches et parapluies dans nos baluchons. Nous passerions la journée dans le musée, l’achèverions au théâtre puis à souper de tomates feta, de retrouvailles tendresses. Nous pataugerions puis nous embrasserions. Sans autre condition que notre amitié scellée il y a…

En effet, il pleuvait jusqu’à la gare du Nord. La chère amie nous attendait gare du Midi, nous prenions une eau minérale toutes trois en terrasse couverte. Le soleil donnait.

Nous allons au musée. Il n’existe aucun fond dans les tableaux de Zurbarán, il n’existe que des trouées, des possibles ; les couronnes, les natures mortes menacent de se casser la gueule, c’est beau de risques, de mouvements, d’équilibre. Les plis des tissus sont si friables, la laine côtoie la soie qui côtoie la porcelaine d’une tasse, le velours d’un ocre, l’or d’un ourlet.

C’est tout pareil à l’exposition Borremans, c’est temporaire, c’est de risques aussi minutieux, on croit toucher, sauf que Borremans, on peut le voir parler pour de vrai, sur Youtube et cie, enfin, je suppose, il faudra vérifier, je le ferai, en fait il dira ce qu’on veut bien entendre quand on est pressés, qu’on veut faire comme si on y était. Je ne comprends guère le fascicule à propos de l’artiste, que j’achète et lis dans le train du retour. Je l’ai touché, et Zurbarán, ils devraient m’accompagner longtemps.

Nous nous perdons dans la ville, personne ne sait le nom des rues, nous montons, nous descendons, nous longeons des jardins, des églises – sur le plan, les églises sont marquées. Personne n’habite là, personne est aimable toujours, nous renseigne : je crois, c’est par là. Nous traçons de grands cercles, il ne pleut ni ne vente, les immeubles ne se ressemblent pas.

Nous arrivons à temps pour nous déchauffer, dîner d’un bar filandreux, la purée est bonne et l’asperge sauvage. Nous voyons notre amie jouer au Théâtre Public, elle est toujours aussi grande, plus grande encore de son sourire qui dit la marche, elle risque la glissade, elle n’a pas peur ou elle ne le dit pas. Nous soupons de tomates feta, les arrosons de Bourbon, nous parlons main dans la main, il y a cette odeur de peinture, de plancher neufs, il y a cet étai métallique très beau qui dévierait notre attention au milieu du séjour, il y a une table basse, trois sièges, des matelas, c’est tout dans ce grand appartement vide, et nous. Sans conditions.

 

Nos parapluies sont restés mouillés en leur poche plastique, le mien sèche encore grise mine, il a fait très beau à Bruxelles la chic, la turque, l’espagnole, la marocaine, la flamande ces 21 et 22 mai. 

 

 

 


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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 15:07

 

 

 

 

[…]

 

Vous êtes mort dans un accident de voiture, ce n’est pas un événement ni un point final, vous durez comme lorsque vous ne disiez rien ; parfois vous soupiriez, parfois vous étiez déjà mort, je vous vois assis, grand, un peu voûté à la table du café. Que regardiez-vous sur l’écran de votre téléphone portable ? Vous tuiez le temps, step-by-step – c’était votre leitmotiv. La journée avait été rude de convenus, d’attentes. Demain serait un autre jour, sans doute. Vous étiez gris pâle  comme vos cheveux. Je m’asseyais à côté de vous.

L’instant d’après, vous regardiez le vert tendre des marronniers, vous ne vous étiez pas trompé, regarde, ça sent le printemps. Tous les ans, à cette heure figée, je vous entends, aujourd’hui encore, un jour de mai où il pleut, où il frissonne, regarde, le printemps. Vous déboutonniez votre manteau, vous étiez chaud dedans à cet instant. La pluie glisse sur vos cheveux, goutte de vos sourcils vif-argent.

 

 

(en écriture toujours, un point final bientôt, à SoleildeBrousse, mon amie attentive, à Rémi Karnauch, mon premier lecteur)

 

 


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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 18:45

 

 

 

 

Aujourd’hui est ta fête, tu es né le 8 mai 1926, tu es mort jeune, chacun sa date, aujourd’hui, il doit pleuvoir à Malakoff comme ici, sur le parvis du marché, sur le parvis nu où tu roulais à patins ; en face il y a toujours cette boulangerie-pâtisserie, où ton père me donnait la main pendant que ta mère était à l’église, où nous choisissions les cygnes en pâte à chou et Chantilly si légère. Pas qu’aujourd’hui, tu le sais, tête roux-sombre.

Sur ce parvis, tu rencontras Jeanne-Gabrielle, dite Jeannine,  une fillette pétrie d’une Rémoise et d’un Russe qui se rencontrèrent chez Hispano-Suiza grâce aux amis communistes. Qui patinait comme toi sur le parvis de Malakoff. Qui ne savait d’où ni du comment. Vous patiniez.

Il existe encore une photo de la grève des ouvrières chez Hispano-Suiza. J’y vois ma grand-mère rémoise parmi les autres. Il existe encore une photo de mon grand-père russe parmi les autres ouvriers, il porte des gants blancs.

J’ai les crans de cheveux de toi et de ta mère, aujourd’hui, c’est visible, avant, ils se taisaient.

J’allais au Lude sans toi qui travaillais beaucoup. Pendant les vacances. Je devenais Française. Ta mère m’apprenait les châteaux de France, je m’endormais pendant les sons et lumières, le lendemain, d’autres liserons fleurissaient le mur de la maison, je cueillais des fraises, les mangeais toutes chaudes, les toilettes étaient au bout du jardin, quelle trouille le soir.

Ton père était un grand blond qui achetait les pâtisseries le dimanche et me rapportait des illustrés en semaine. Il me prenait pour toi, je n’arrivais à lire ces illustrés mais j’embrassais tant les joues fraiches de mon grand-père blond. Ta mère achetait des conserves de crème Mont-Blanc à l’épicerie et des Fontainebleau mousseux sur le parvis marché. Elle me lavait dans une bassine sur la table de la cuisine. Dans l’appartement de Malakoff, il y avait un cabinet de toilette riquiqui avec un lavabo et un miroir où ton père s’enfermait pour se raser tous les matins. Il y avait cette grande table qui figurait ma cabane, avec ma dînette et les illustrés dessous, la chambre de tes parents où je dormais avec ta mère, ta chambre où dormait alors ton père, et les dramatiques policières à la radio que j’écoutais délictueuse par la porte entrebâillée. Ce lit où je dormais me semblait très grand, je disais, je suis sous la neige quand on venait pour m’embrasser et fermer la lumière, j’étais sous les draps à m’étouffer des baisers de vous, mon père, ma mère, qui étiez loin.

 

Nous habitions Berlin, nous prenions avec joie et au jour le jour cette langue allemande, nous l’apprenions par cœur. Les racines étaient celles que nous plantions, nous y croyions. C’était simple et assez humble, nous venions de tant de terres. De toi, j’ai les crans roux et les yeux ronds de goujons, bonne fête, papa. 

 

 

 


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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 14:59

 

 

 

 

Non, vraiment rien n’affaiblit l’instant, celui-ci est juste un peu encombré de fils parasites, de fils coupés, rien, les jours rallongent. Les premier mai, les longues fins de semaine, les vacances engourdissent, tant mieux, quel jour sommes-nous me demanderez-vous, pas loin, je vous répondrai, un pas après l’autre, je vous entends dire ça, un pas après l’autre, près du cinéma.

C’est un jour de printemps, je crois. En tout cas, rien ne peut contredire mon souvenir de ce jour ensoleillé, tiède. C’est un jour de demi-saison, nommons-le ainsi. C’est un jour définitif pourtant, on n’y voit que poudre de soleil, on y entend parfaitement même si on fait la sourde oreille. On devrait en prendre de la graine.

Je file machinalement depuis leur sortie d’hôtel un couple. Jusque là, je suis encore accaparée par Amour, ce film de Haneke, par les acteurs, la musique ; je marche, vide ma bouteille de Badoit, examine les pigeons (dans le film, il y a une histoire de pigeon), et suis ce couple.

Je ne sais toujours pas qui ils sont, jeunes, vieux, moyens, je ne verrai pas leur visage, je vois leurs vêtements de demi-saison de dos, plutôt blancs, gris, bistre, couleur pigeon. C’est reposant de marcher dans leurs pas, c’est sans idée, ça suit la sortie du cinéma, à ce rythme. Ils ouvrent un parapluie, moi le mien. Il pleut souvent, nous avons pris l’habitude du parapluie, de la capuche, il tombe des grains, nous nous protégeons si bien que nous n’entendons que la pluie. Il fait confortable, un pas après l’autre.

Je leur file le train. L’un a un bras sur les épaules de l’autre, un grand bras gris, l’autre un autour de la taille de l’un, un bras blanc. Je vous raconterais bien cette rencontre avec eux, leur visage, mais à cet instant, le soleil m’a éblouie, je ne les ai pas vus disparaitre, ils n’étaient plus là, pourtant l’instant d’avant, j’aurais pu les toucher du doigt, les reconnaître avant d’écouter Schubert.

 

 

 


 

 

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 17:35

 

 

 

 

Tes textos sont la rassurance, bonjour, bonne nuit, ils frôlent le copié-collé, parfois ils n’ont de majuscules, toujours ils arrivent aux heures surprise :

bonjour, il est 18h15

bonne nuit à 21h

ils indiqueraient un rythme, une courte journée, un amour toujours, une amnésie, un rattrapage, une obligation, une habitude, un soupir dans l’opératique de la journée

une panne de batterie, une peine de cœur, une échappatoire

des rires des rires, on écrit alors MDR, on rit, on rit !

Quand il n’y en a plus, on se dit d’abord, pas de nouvelles, bonnes nouvelles, puis, on s’inquiète, puis puis, on se rappelle le temps long sans texto qui soupirait le temps du temps où on collait un timbre sur l’enveloppe, d’un temps de Paris, d’ailleurs ou de vacances, qui racontait le menu se dérouler sans toi qui étais toujours présent, il y avait des bons baisers, je me serais perdu dans ton écriture que je n’ai jamais vue, j’aurais lu, déchiffré, relu, j’aurais vu ton corps, tes mains griffer le papier, j’aurais su le brouillon recopié sans ratures, et ta signature dans le coin de la carte postale, ou tu aurais prévenu, je ne sais quand cette lettre te parviendra, il fait soleil, les enfants se réveillent de la sieste, nous partons nous baigner dans la rivière, bons baisers, tu me manques, en tous sens sur le papier. On avait le temps de la rassurance, d’attendre. L’enveloppe était gonflée de criste marine, de sable, on en avait plein les yeux de patience, il doit bien y avoir encore, quelque part chez moi, ces écrits-là. Je parle juste du temps de vacances ; de la vacance, je garde d’autres lettres, une mémoire de toi, d’écrivains dans telles éditions. Bien sûr, je te sais par texto, courriel, mais tes mains, tes mains, j’ai su ta langue collant le timbre de tes mains.

 

 

 

 


 

 

 

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 17:09

 

 

 

 

C’est incroyable : je lui écrivais, repose-toi, ne viens pas, ça n’est que du théâtre, je viendrai chez toi te dire bonjour ! Et tu es mort. C’est ça : en ton jardin, au milieu de tous, je répète ça, je viens jouer à Alès, je te disais de ne pas venir, c’est Hugo, tu connais, ne te déplace pas, je viendrai te voir, et tu es mort. C’est d’un commun attendu, ça n’était pas prévu.

Je prends la parole au milieu de tous, parmi tous en ton jardin. Je dis ça, j’improvise, ça n’est pas si facile, pourtant je le dis de toute évidence, bien entouré de mes filles et de tous, je pense au dernier petit, du haut de ses quatre ans, je n’y pense pas, je les sais, je dis évidemment. On dira que je suis acteur, on ne se trompe pas, on dira, facile, je n’ai pour habitude que passer le texte d’autres par mon corps, et de penser, d’aimer et de penser.

C’est elle qui dit ça, qui me connait presque, qui sait les heures de doutes, de recopiage de textes, par cœur.

J’ai dit au revoir au vieux mort de vieillesse, je vais rendre visite prévue à mon ami, je reviendrai dormir chez ma fille qui est venue enterrer son grand-père, marcher dans la forêt des Cévennes avec le petit, il sera encore trop tôt en saison pour sauter sur le trampoline avec le petit dans le jardin de sa grand-mère morte. (Ce n’est pas facile, tous ces morts, ça occasionne une otite passagère ou durable chez le petit.) Puis nous chausserons les bottes, nous irons chercher les œufs en chocolat sous le frêle abricotier, à l’emplacement du potager recouvert d’herbes si vertes si hautes, peut-être sous la véranda s’il pleut trop fort. Ça nous fera mal au ventre, bien aux rires.

 

Nous reprendrons le train mardi, ma fille, le petit et moi, à l’heure où tous reprennent le travail, et mes filles, les petits et moi. Ça n’était pas prévu.

 

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18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 14:45

 

 

 

 

Les pins sont inondés, les aiguilles inférieures sont gorgées de lumière. Il fait chaud sec, les cyprès prospèrent, grimpent vers le ciel uniforme, aucun souffle sinon le vol des papillons bâtards autour des jambes de la promeneuse, les limaçons s'enroulent. Des pylônes pour tout viaduc.

Le lit avec l’ahanement du sommier sous les corps ruisselant, les rideaux agités par le seul tournis de la terre, la rigole entre les seins de l'une, le dos huilé de l'autre.

La femme ne freine pas la marche depuis deux heures assez tôt le matin sous peine de liquéfaction absolue, elle garde le rythme de la pensée cabossée par les caillasses; les vignes arborent le vert, protégées électriquement contre les sangliers, le cheveu ne se mouillera qu'à l'arrêt, le chemisier se plaquera ; les manches retroussées ballonnent pour l'heure, gonflées par le pas de la marcheuse et la vacuité de ces muscles longilignes. L'œil n'englobe rien, il se rappellera plus tard les lézards fuyant entre les pierres du mur, les cactées de western, le glauque des oliviers, les scarabées évités, l'eau plate d'une piscine plantée dans un vallon, d’autres trucs d’été dont il ne connait le nom. La tête penche à l'intérieur, siphonne les événements sans plus de dates – quel jour pourrait prévaloir l'autre en ce paysage si conforme de saison ? C'est une tache de son serpentant le chemin poussiéreux qu'on distingue de l'aéroplane, bordée de points jaunes épars, mauves poilus de chardons, engouffrée dans l'arrondi des chênes verts, en lisière des rectangles des vignes. Les élytres des cigales zèbrent presque inaudibles à force d'habitude le silence du matin, les pieds chaussés épousent les pierres dégringolées du talus un orage dernier, je vois des chats décamper à mon approche.
La bague strangule l'annulaire pendant le long de la cuisse. Les mains gonflent, s'engourdissent vers la terre jusqu'à l'apparition de la terrasse toscane où elles saluent d'un baiser radieux sur les lèvres la silhouette de l'homme un peu voûté. La femme pour s'être figée devant la vision rassurante sent alors la chaleur fondre de son front tout le long de son corps, noyer ses yeux. Elle se souvient à temps d'un tableau d'Uccello, puis ce sont les tuiles rondes du mas et les paroles hautes des estivants qui la sortent du mirage, de sa longue promenade en rond. Je me souviens comme si j’avais été là.

 

 

 


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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 14:32

 

 

 

 

Un petit bonhomme calcule ses points retraite, il a raison, sait-on jamais de quoi de qu’est-ce, il emploie ses fins de semaine à ça ; en semaine, il n’a le temps, il travaille d’arrache-pied, il pratique néanmoins l’exercice de monter les escaliers jusqu’à son bureau, il boude l’ascenseur, à bien additionner, trois étages fois tant de jours jusqu’au raout final organisé par les collègues, il conclut qu’il rajoutera sans trop de soupirs quelques étages à gravir, et, tiens, même que je te monte à pied les escaliers de mon immeuble perso, cinq étages quand même multipliés par tant d’années encore, il calcule pour arriver en forme au chiffre rond.

En semaine, il lui arrive, en fin de journée, de prendre le soleil, un verre dans un bouiboui, un taxi pour rentrer chez lui, de gravir les cinq étages, il lui arrive d’aimer infiniment le vent qui dégage l’ombre du feuillage, il lui arrive d’avoir rendez-vous à la même heure au même endroit avec celle qu’il chérit, une femme, une amie de toujours, une faible en calcul, une décervelée. Il aime infiniment. C’est une récréation formidable.

 

Ce jour où il me dit l’aboutissement de ses opérations et l’étonnement de ne pas voir la chérie au rendez-vous, je lui réponds, la pauvrette a dû encore s’appesantir sur l’odeur du lilas en ville et ailleurs. Il m’en sait gré. Je le vois repartir, résigné, aimant les jours qui rallongent en avril. Il a bien travaillé, il ira, serein, tondre l’herbe folle en sa maison de campagne à Pâques. Rien ne se perd.  

 

 

 


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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 13:01

 

 

 

 

Il demande, tu fais quoi, où, quand, je réponds, là, de ci, toujours. Non, je me tais, j’aurais dû répondre, comme toi, je concocte un produit à effet différé, tu vois ? Il aurait répondu, ouais.

Je ne fais pas toujours, je lambine sur un mot que je ne trouve pas toujours, ne parlons pas de l’idée, elle précède le mot que je ne trouve pas, certes, elle ahane comme certains matelas, non, pas matelas, sommier, oui, sommier, c’est ça, tu vois quand tu veux et que tu ne déroutes pas ta concentration sur une abeille (une guêpe ?) entrée tu ne sais comment en ton ante, qui butine ton idée, tu peux et ne prétextes plus la langue allemande qui chamboule l’ordre de la phrase française. Où en étais-je ? À une joie, voilà, mot féminin singulier pas commun, on ne trouve pas une joie tous les jours sous le matelas ou on ne la voit pas à cause du petit pois, du bas de laine.

 

Hier j’ai ressenti une joie, j’ai senti une joie venir, j’étais assise sur les rochers sous les yeuses, j’attendais que les vagues chatouillent mes pieds, Cordouan était dans la brume ; demain il pleuvra de quoi rafraîchir les boutons du rosier sur la terrasse, défroisser le vert des fougères, nous embrasser encore.

 

 

 


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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 16:47

 

 

 

 

Tu m’attends sans ton galure avec un baluchon de mini tomates, l’interphone ne fonctionne plus, tu dégringoles les escaliers et ouvres la porte. Clac, un cliché souvenir.

Tu as passé l’aspirateur là où tu as pu, tu peux beaucoup, tu as écrit un texte, un duo, tu m’as demandé si nous pouvions l’enregistrer, tu penses bien que j’ai dit oui – une hugolienne intranquille, ça ne se refuse pas.

Là, c’est parenthèse cirage : on peut passer outre ta chevelure, on a tort, elle est si dense, ta chevelure, on y entend les oiseaux. Ça n’est pas brosse à reluire, elle vient d’où, ta chevelure, et toi, ton nez ?

On voit beaucoup au travers, enfin, on pense voir, c’est quasi de la voyance, on se dit que ni vu ni connu, on a juste dit, le pollen du printemps, la pollution, j’ai chaussé les lunettes de vue bronzée, ça soulage, enfin, c’est ce que je prétends, de fait, ça soulage vraiment du sable dans les yeux.

Tu n’as jamais froid aux pieds, tu me racontes une histoire de sandalettes blanches lorsque tu arrives à Paris, que tu ne quittes plus, lorsque tu me raccompagnes au métro Ménilmontant, encharpée, emmitouflée, les pieds nus.

Il faut revoir cet enregistrement duo, cet accord immédiat, et puis ceci, cela, voir jusqu’où notre collaboration hors du commun, plus, qui sait, pas toi ni moi. Je t’ai raconté le square Édouard Vaillant où un cil de verdure fleurie en cet avril vaut nos pas en toutes saisons. Tu dors ?

 

 

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