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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 11:55

...Elle courait, et les portraits de Fayoum écorchaient ses pieds. Mille échardes plantées.
Il lui demande au réveil si elle est heureuse. « Mais oui, voyons... » Elle est confuse de tant de verbes dans la nuit. Il lui dit qu'elle a parlé.
Au revers de la porte, la bouteille de lait et le journal, et dans l'entrebâillement, son bras qui ramasse le tout et le temps qu'il fait rien qu'à faufiler la main sous le ciel bas.
Elle ne décidait de rien, dit-il.
Elle enfile après ablutions les habits du jour. Du côté de la fenêtre, parfois, elle écarte le rideau, parfois c'est avant de s'habiller, les yeux dans le paysage d'en face, celui de la vieille femme devant son écran de télévision; le corps à l'air, elle grimpe lente dans ses chausses. Les yeux s'ouvrent après -ou le cerveau d'abord ?- Le matin est une prise de couleur optimiste, rose sans doute. En hiver, dociles, les voitures se garent pour alerte à la pollution, les rues sont jaunes de bus.
Elle se souvient de son rêve. Le couvercle sur ses yeux ne ferme pas tout à fait ; par une fente du bois, elle sent l'odeur mouillée de la terre. Bientôt il fait nuit. Entend-elle un oiseau noir ou uniquement les bestioles rampantes ?
Puis elle se dépêche, elle entre juste à temps avec Jorg, le retardataire.
Il la suivait du regard jusqu'à ce que la porte du gymnasium se referme sur elle. Il avoue qu'après, il ne savait pas exactement son emploi du temps sauf bien sûr les horaires de ses cours affichés dans la cuisine. Si elle sortait déjeuner à l'extérieur ? Déjeuner ? Il sourit à cette question. La femme en uniforme toussote.
Dans leur chambre, il faut vérifier les piles de livres. Lequel manquerait selon vous ? Celui qui ne se ferme plus tout à fait, peut-être, dit-il. La femme en uniforme baisse les yeux. Des moutons dans les coins. Elle fait attention en patinant entre les obstacles. Elle demande « je peux fermer un peu les stores ? » Le soleil à contre-jour ne rend compte que de la lecture des titres des livres. Il appuie sur le bouton, l'obscurité arrive. Le rai dégouline sur les dictionnaires et va se loger dans l'armoire entrouverte. Le cahier a disparu, dit-il, et les graines de serpilla.
Bien avant, Inge B. prend un avion pour Rome, l'Orient-Express corné dans un atlas...

 

 

 

 

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 15:15

 

 

 

Ah ! c’était encore un jour très froid, et pas envie d’en griller une la tête insolée, les jambes dans le frimas sous l’auvent du café. Nous partîmes donc sur la banquette intérieure de chauffage central épluchant , enfin, moi surtout, nos couches de laine, laine et soie, étamines, plumetis, organdi, j’exagère un peu même si bien nue je me retrouvais profil à vous, encostumé,  sur la moleskine à déblatérer et soupirer des aléas et des ouf de la vie. Je parlais comme à l’habitude de ceci et surtout de cela, cela vous plaisait ou vous ennuyait, cela faisait couler le temps, et bientôt nous rejoindrions nos chaumières respectives fumantes de faveurs personnelles. Vous commandiez un Blanc de Blancs.

 

Oh ! j’ai oublié de vous parler du cadre que j’aime. Il ne répond à aucune région précise, aucune identité, il se veut avant tout celui d’un hôtel au vaste hall où d’un fauteuil au design convenu, impersonnel  nous pouvons observer ou ignorer les parlages de tous pays. Calés en ses cuirs ou synthétiques, peu importe sauf la transpiration qui, à la longue, nous font sentir la différence, nous parviendra une musique susurrée, du jazz siropausé, une superbe de Benjamin Biolay, nous nous calmerons des cris de la rue ricochant sur le double vitrage, nous admirerons l’absence de portier, de liftier, le tourniquet d’entrée glissant sur le sisal prolongé de moquette ou de parquet chauds insonorisés.  La maladie s’estompera parce que vous m’en aurez parlé, vous l’aurez nommée ; je n’en serai pas plus riche de vous, vous en aurez fini de votre protection à mon encontre, je vous en aimerai plus si cela est possible. Comme vous sauriez mon goût de vous en cet astronef, comme vous tairiez à la mort ce mal qui vous culpabilise jusque dans les entrailles… J’aurai choisi une chambre jouxtant la mienne, regardez, manipulez le sommier qui élève tête et jambes, du lit vous pouvez ajuster les stores, dehors les cerisiers du Japon floconnent pour vous leurs pétales.

 

Nous jetions nos coupes à la renverse, téméraires, nous nous souhaitions l'encore meilleur des jours à poindre, il était temps de regagner nos portillons de métro. De nouveau emmitouflés, nous nous souhaitions la bonne soirée dans les courants d’air. J’avais des éructations à cause du champagne, je les exprimais sitôt de retour en ma chambre d’hôtel via le hall où je demandais papier et crayon anonymes.

 

 

 

 

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 00:35

 

 


 

 

si  je dois commencer par cher chère où vais-je terminer ces moments de joie qui me donnent les biceps de ma langue pendue à la tienne, de mes absences de vous éternels, ciel, que de graffitis bombés -le terme est dévolu- en ces murs soufflés par la sueur -mieux que la transpiration,  pas sûr…- ?  si je dois continuer, ce sera avec tel sourire et tels oublis d’un temps qui s’exclamait trop fort sourdingue des obligeances ici ailleurs outre, en tout cas, vite déblatérées car si idoines de ce que je tu nous sommes : des yeux à tentacules qui vampent du bout des cils la chair qui se fait poule et gémit  -ah, là, je pointe l’érotique que tu me voulais écrire, ah !-

 

ainsi en est-il, mon ami, mon amie, de mes observations à la loupe mal débuée, ainsi sont-ils mes froissements rien qu’à toi, de moi à moi tout se tire et n’est guère sérieux, ainsi je t’écris, et tu m’entends ainsi selon, parfois je me goure et atterris en tes doigts écartés, parfois en ta paume me dépose, ronds et poignes de partout, mais le fil, le fil…

 

je t’écris toute en coordinations, en faisant gaffe cependant à ne t’abasourdir que de l’entre-mot, celui qui respire à heures variables. si tu préfères cycle à variable, je te l’accorde, les saisons passent de rempotage ou non, j’ai décidé de laisser ramper, hanter mes plantes en terrasse puisque le soleil ne m’accorde pas plus de pitié en ma peau, j’ai décidé, toi ou moi, laissant traîner le ou coordonné. ce qui m’est toujours insupportable : l’étoile qui braille plus haute que l’autre, ma tête à califourchon, mes mains qui ne sont que deux et mes pinceaux tout frais achetés chez Rougier & Plé.

 

ceci est un tremplin, je muscle mes membres pour les entendre ensuite jacasser entre eux, parfois avec toi, mais même sans toi, hélas, pardon à toi, je prosaïque alors que sous-tend la nuit et que j’écarte le rideau pour réveiller les oiseaux et rentrer en mon lit où je murmure en dormant un vraisemblant de poésie. entendu par toi là ou là qui n’es plus tout bas ou ici.

 

 

 

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 22:50

Il fallait que je vous retrouve, déniche, et toutes vos mains radoucies depuis le maniement de la faux. Je ne parle qu'à vous.

La femme avait ouvert la porte, tendu sa main, juchée sur des semelles compensées, de sombre vêtue, et l'œil aussi, le cheveu noir crêpé acrobatique sur le sommet du crâne.

Je caressais un sourcil, un geste antique. Ca sentait le tabac -un réconfort de plus-, je n'avais pas tort, sur le guéridon, des Craven A.

Je n'y allais pas par quatre chemins, retenais l'humidité, sinon il y avait toujours à portée du fauteuil la boîte de mouchoirs.

La femme croisait ses jambes rondes.

Je pensais à vous, mon amour, oh ! quel enfouissement, je parlais en contours, en naissances, en ombres, et toujours il était vous, votre langue sous stèle officielle. Dans le bistre, je voyais les cafés d'Amsterdam ; la silhouette fardée se voulait tranquille et écoutante. Il aurait fallu m'allonger en deux, deux et demi pour l'atteindre et la déchausser, et encore, ses doigts de pieds auraient-ils entrevu mes roucoulements busqués ? Du dehors je ne distinguais rien, les rideaux de voile gris, le vitrage double. Je patinais sur le lac, le bonnet grattait sur les oreilles, les chaussures tordaient les chevilles jusqu'à ce que vos bras me soulèvent, les ramures gelées s'égouttaient en carrousel, il faisait blanc de chaud.

Où coule la rivière ?

Parfois en entrelacs

d'une pierre ajustée

l'œil mordoré

et bientôt de glace

d'une écaille glissante

il me prend l'envie d'une truite au bleu

de sa joue -subtil morceau-

prise à la mouche

d'un barrage de temps.

Dieu, que cette femme était replète ! Dans la rue mes doigts enfin mouillés avaient agrippé la bandoulière de mon sac chagrin.

 

 



 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 12:10

Il fallait que je vous retrouve, déniche, et toutes vos mains radoucies depuis le maniement de la faux. Je ne parle qu'à vous.
- Elle caresse un sourcil, un geste antique. Ca sent le tabac, elle n'a pas tort, sur le guéridon, des Craven A.-
La femme a ouvert la porte, tendu sa main, juchée sur des semelles compensées, de sombre vêtue, et l'œil aussi, le cheveu noir crêpé acrobatique sur le sommet du crâne.
- Elle n'y va pas par quatre chemins, retient l'humidité, sinon il y a toujours à portée du fauteuil la boîte de mouchoirs.-
La femme croise ses jambes rondes.
Je pense à vous, mon amour, oh quel enfouissement, je parle en contours, en naissances, en ombres, et toujours il est vous, votre langue sous stèle officielle. Dans le bistre, je vois les cafés d'Amsterdam ; la silhouette fardée se veut tranquille et écoutante. Il faudrait m'allonger en deux, deux et demi pour l'atteindre et la déchausser, et encore ses doigts de pieds entreverraient-ils mes roucoulements busqués ? Du dehors je ne distingue rien, les rideaux sont de voile gris, le vitrage double. Je patine sur le lac, le bonnet gratte sur les oreilles, les chaussures tordent les chevilles jusqu'à ce que vos bras me soulèvent, les ramures gelées s'égouttent en carrousel, il fait blanc de chaud.
Où coule la rivière
parfois en entrelacs
d'une pierre ajustée
l'œil mordoré
et bientôt de glace
d'une écaille glissante
il me prend l'envie d'une truite au bleu
prise à la mouche
d'un barrage de temps ?
Dieu, que cette femme est replète ! Dans la rue enfin mes doigts mouillés agrippent la bandoulière de mon sac.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 14:33

 

 

Vous aviez garé la voiture, nous avions voulu admirer la ville, il n’était pas si tard dans l’après-midi, tout était embué de gris marin. Nous avions une vue plongeante sur les maisons étroites du port. Des fumées diverses brouillaient nos yeux, nous n’étions guère vêtus pour ce que nous appelons encore aujourd’hui chacun de notre côté, ainsi j’aime le penser, le jour le plus froid de notre vie.

Nous nous étions arrêtés auparavant dans une autre petite ville près de son casino, je vous avais emmené sur la digue pas plus de quelques mètres, le vent et les tourbillons de sable nous avaient vite détournés de la contemplation de la folle agitée. A cette époque de l’année, ma préférée car au ralenti de tous les bruits d’été et pêcheuse de coquilles saint-jacques, la bourgade étaient celle des vrais vieux, oh ! bien sûr aussi celle de quelques Parisiens qui raffolent de feux de cheminée et rapportent dans leur coffre les bourriches d’huîtres, mais surtout celle des vieux qui sortent le matin le filet à provisions et parfois leur vieux chien et puis en fin d’après-midi pour taper le carton avant la salle-à-manger qui les attend chaude humide le soir. Nous avions trouvé refuge dans un de ces restaurants vides et blancs et avions regardé, réchauffés, les vagues. Comme vous je n’avais pas le sens de l’orientation, et les côtes de cette région nous avaient tourné la tête à en confondre leurs gracieuses épithètes majuscules, Grâce, Opale, Emeraude, Flottante, Turquoise, Bœuf…

Nous avions roulé dans le crachin, suivi tous les lacets, nous nous étions arrêtés sur le promontoire, là encore bringuebalés par la tourmente givrante. Nous avions exprimé à la hâte des oh c’est beau et avions rejoint la voiture. Nous avions dégringolé ainsi du petit sommet jusqu’à un hôtel où la sieste d’hiver nous avait entendu soupirer. De nos oreillers nous avions pu voir au travers les trois fenêtres le bleu gagner sur le gris, nous avions exprimé ensuite dans les rues nos moqueries arrogantes à l’encontre des nombreuses galeries de peinture, je vous avais parlé d’un artiste régional, pour preuve un fléchage pouvait nous guider jusqu’au musée de l’homme illustre, mais étions-nous un mardi, hors horaires de visite, le gardien tapait-il le carton, aurions-nous vu les toiles toujours mal éclairées ?  je ne sais plus ni même d’un coup le nom du peintre, nous avions vu l’enseigne, me semble-t-il,  et avions préféré le bleu gelé du ciel et vagabonder de nouveau dans le village. Nous avions vu figée dans sa couleur d’été l’échoppe du glacier, et son frère tavernier nous avait servi un sérieux vin chaud. Il en était allé comme ça de ces riens grands comme notre entente évidente, de ce jour qui avait beau raccourcir qui aurait peine à nous localiser dans le temps. J’avais encore aimé vous voir écarter les verres, le vase pour prendre ma main au milieu de la table pendant que refroidissaient nos coquilles saint-jacques et que s’éclipsait le serveur intrusif.

Au petit matin, les bateaux avaient quitté le port pour la mer, il neigeait, vous aviez compati, souri à ma provocation « à chacun sa mère », la salle de bain sentait le bouquet de lys que nous avions déplacé du chevet car trop présent, vous ne saviez plus où était garée la voiture, je vous y avais amené, je ne savais pas, je le jure, qu’un jour d’avenir nous nous perdrions pour de bon et que seule demeurerait l’odeur de nous en nos mains de jeunes gens.

L’obélisque parisienne était blanche, vous étiez en retard, pourtant vous aviez tenu à me déposer à deux pas de chez moi, légère de tête, le pied dans la bouillasse du caniveau dont je n’avais cure alors et qui, aujourd’hui, me rappelle notre jour le plus long.

 

 

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 11:26

 

 

 

                 Peigner la girafe, longtemps je crus entendre et voir peindre une girafe (c’était gouleyant, acrobatique et possible). « A toute chose, malheur est bon », « qu’est-ce que le bonheur ? » ou « qu’est-ce aimer ? », bien, cela vaudrait peut-être un coup de pouce à ma réflexion personnelle…  Je m’exécute, je cherche, vous n’en doutez pas, chez les poètes quantiques, Blaise Cendrars et surtout dans la relecture sur papier bible des Récits de la Kolyma. Tout à l’heure, je finirai Sept pierres pour la femme adultère. Un petit «Tex Avery », et hop au lit !

 

Que je peigne la girafe, voilà ! Je veux en venir à une histoire qu’on m’a racontée. Les états d’âme,  je vous les laisse, entre deux lignes, vous en reprendrez bien.

 

Il s’agit de peinture verte.

Il pleut, le périphérique est dégagé, nous partons un dimanche après-midi  en proche banlieue acheter pour votre cuisine quelques pots de laque. Vous garez la voiture au sous-sol de la grande surface  -j’apprends par la même occasion, ah, chère distraite, que sortir de ce parking veut dire grimper et non descendre, bon…-  Nous ne manquons pas de déblatérer à propos des aléas de la semaine, et comment ça va, vous, avec votre boulot ? Ne m’en parlez pas !… Toutefois nous préférons nos bouches chuchotant et se frôlant dans les allées de couleurs. Il en est toujours ainsi : de me faire rire ou pleurer, tu me plais. Hors champ, nous explorons la peau et ses vertiges. Alors que vous hésitez entre le vert d’eau, le jade et la môme vert-de-gris, vous m’asseyez sur la première marche de l’escabeau qui monte au dernier étage du rayonnage et me narrez du haut de la girafe cette histoire de jeunesse :

 

votre grand-père Julien, un bricoleur de tous les jours, avait une préférence pour la couleur de l’étang par temps d’orage, un vert, mais un vert, me précisez-vous. Armé de pigments, il recréa cette teinte. Il en peignit la clôture, un mur de la cuisine, la charrue d’antan; il en restait toujours un pot. Souvent vous passiez les vacances chez lui.

Un jour d’ennui par grande chaleur, à l’heure de la sieste, la permission vous est accordée de repeindre votre biclou car adroit, délicat et silencieux vous êtes. Peut-être pensez-vous à la fameuse campagne qui blanchit… et vous, y pédalant de vert guidon… Vous en êtes au pointillisme sur la sonnette lorsqu’apparait Delphine Rabotier, la jeune voisine pas siesteuse pour un sou ni pimbêche et si blonde à l’entrée de la remise. Baba devant cette créature aux longs cheveux, vous bredouillez « comment ça va dans ces vacances avec tes grands-parents ? », vous avez déjà l’approche gaillarde de tout comme si de rien n’était, ce brin de couleur complémentaire dans la voix et toujours votre pinceau en main.

Comme ce vert est joli et peu commun, dit Delphine.

Tant mieux s’il te plaît.

Pistache, non ? Enfin, pas tout à fait ! Je peux ?

Quoi ? Ah, bien sûr ! Entre !

La belle s’approche du vélo, du pot, de vous, confiante. En instinctif artiste, vous commencez par lui brosser vert, de haut en bas, les cheveux, vous contournez son serre-tête, puis la robe, pli par pli, manche après manche, la finale se fera au rouleau tout à trac… Ensuite vous ne vous rappelez plus sauf les cris des vieux mal réveillés délivrant la consentante de votre performance et la punition à copier cent fois « Je peux peigner la girafe mais pas mon amie Delphine avec du vert. »

 

Vous me déclarez en haut de l’échelle que vous n’avez jamais revu votre Galathée, vous regardez mes boucles, je vous détourne péremptoire vers le coloris taupe-tendance sur le présentoir d’en face.

Puis viennent des périodes noires, lourdes, nous nous perdons. Je me demande si un jour d’ennui fabuleux vous avez repeint votre voiture et moi avec, cher si bel unique monochrome.

 

 

 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 00:13

A chaque pas vous preniez soin de renouer mon lacet, je gardais votre main correctrice et la portais à mon front, ma tête s'échauffait. Là où vous le précisiez, je contournais l'obstacle alléguant la double langue.
Elle n'invente pas, elle entend.
C'était une caresse, ai-je besoin de le préciser ? Cela me convenait, ceci m'ennuyait. Je me demandais si vous me voyiez réellement ou alors en infrarouge, c'est possible.
J'avais 5 ans lorsque vous, une autre, m'aviez ouvert la belle lettre, d'ogresse j'étais devenue gourmet (notez l'effort de ne pas mettre en rire le féminin), des cheveux que j'aurais aimés raides comme ceux de Sophie qui tentait en vain de les faire boucler sous la gouttière j'avais taillé en quatre mes bouchées, une pour maman, trois pour moi.
A 6 ans, bien embêtés ils furent de ne savoir si à gauche ou plutôt à droite ils allaient me placer. Quel serait l'établissement le plus apte à gouverner ce bout de môme ? Le conciliabule dura, on me virait des cours pour cause de mutisme ou de colère.
J'arrivais à l'âge où je tressais moi-même mes cheveux puis où je protestais par des « j'ai mal à la Kopf * », où on me refilait des punitions exquises comme le dénouement du Rouge et le noir, où je virais de bord sur le Wannsee.
Elle voit mieux aujourd'hui en clignant d'un œil.
Vous êtes arrivé, il n'est jamais trop tard à qui désire certains bras. Vous êtes celui d' « à chaque pas », le temps nous étire, ne nous réclame pas, nous nous morfondons en tranquille impatience, nous gravissons la route du belvédère, vous chatouillez ma peau, vous avez réponse à mes interrogations, vous fermez les yeux, je cligne de l'autre, je sais que vous m'entendez, je peux dormir un moment. Je rêve vite mon front transpirant à votre joue.
Elle ne meurt pas encore.


* der Kopf en allemand, la tête en français.

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 19:02

Une cigarette, une cibiche, une bicyclette, un biclou…

 

 

Dans la remise grinçaient les vélos que vous collectionniez, chambres à air collées au plafond, pneus  dépareillés, selles de cheval, cheval de courses… Hauts étaient épinglés vos rêves, cependant il nous fallait baisser la tête à l’arrivée des pédaliers de plein front, nous avancions, moi la première bénissant vos mains ointes d’huile en burette, les admirant si douces et mesurées sur les carlingues, il nous fallait ce chemin de croix jusqu’à vous, rompant l’échine. Puis d’un geste vous fendiez la banne, et nous voyions, dos se retendant, les nuages et vos biclous s’y suspendant. Comme toute votre rouille musée s’envoyait en l’air chaud de l’été, comme imprévu enfin se soulignait d’un doute votre sourire ! Allions-nous applaudir le ballet de vos guidons, de vos roues si délibérément jetés à la voûte céleste ? Ciel ! Oui ! Oui ! Jusqu’à la nuit tombée où les uns les autres enivrés de cette chaloupe partaient en gigue folle musarder les étoiles, et de vivants et de morts ils causaient et dansaient, inventaient leur carnaval, et les gestes  s’esclaffaient  tant  que mes carnets s’endormaient, que le verbe chicotait. Je retenais par cœur, par cœur !

En clignant de l’œil de l’autre j’aligne le château de Diane, le héron du marais, le bouleau orphelin, les coings dont personne ne veut, la rose sur mon plateau du matin, mais vos bicyclettes, dites-moi, où se sont-elles envolées ?  Je n’entends plus la révolution des pignons ni le chant de nos oiseaux canailles ni même vos soupirs d’aise en mon sein désolé. Pour de bon, pour du bien, me feriez-vous encore toujours ce serment de vous à moi ? Oui, oui ! je vous écoute si près, même  frêle :  vos mains ont le goût de la terre, nous partons en tandem sur nos bécanes du premier jour.   

 

 

 

soutine.jpg

 

 

 

 

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 23:50

Il se recoiffe devant la glace, rajuste sa chemise dans son pantalon, sa ceinture. Il ne voit pas qu'elle le voit, il a laissé ouverte la porte de la salle de bain, ça n'est pas son habitude. Il prend du temps. Il regarde encore, mouille ses mains, les passe dans ses cheveux. Il ne voit pas. Il a ouvert la fenêtre, on entend la clim ou une machine de restaurant dans la cour, on aperçoit l'autre aile de l'hôtel jusque dans les couloirs verts, il a ouvert à cause de la fumée de cigarette. Elle a enfilé le peignoir blanc trop épais trop vaste presque rêche. Elle regarde ses doigts de pied quand il tourne son regard vers elle. Il faut couper les ongles. Elle a un rire aigrelet en cherchant ses chaussettes, la télé diffuse un reportage sur les manchots, va-t-il neiger dans la cour ? Il fait gris noir comme si, alors peut-être il va neiger, un coup de chaud après le froid, si elle secoue l'édredon, les flocons vont tomber légers comme dans le conte. Elle appuie de la tête son oui, son cou, elle a faim. Dehors, il fait juste tiède. L'ascenseur coule jusqu'au rez-de-chaussée, elle me dit que pas même un souffle n'aurait pu brouiller le verre astiqué de la cage, je réponds « oui » ou plutôt je regarde ses doigts émietter le pain et j'acquiesce. Dehors, ils ne vont pas, ils ne prennent pas leur manteau, le restaurant jouxte le couloir vert. Elle voit les poissons sur la carte, elle en choisit un banal, un comme la soirée qui blanchit. Il s'assoit à côté d'elle sur la banquette, ils sont entre trois jeunes gens qui engouffrent des plats et un couple qui asperge de citron des huîtres. Elle voudrait peut-être des litres de vin, il commande deux verres de Chablis. Elle avale la chair et la sauce jaunâtre et l'émincé de pommes de terre. Ils regardent devant eux le bar et la glace qui prolonge à l'infini la salle. Il n'y a plus d'arête dans le poisson, elle pense ça. Il finit son foie gras, il lui fait la remarque qu'elle a mangé vite. Elle pense à la campagne entre chien et loup, elle a le bourdon, elle commande un autre verre, elle me dit que ça pour une fois elle n'a pas osé ou qu'elle n'avait même pas envie ce soir-là. Elle ne sait ni ce qu'il fait ni ce qu'il pense, ils se connaissent depuis Yahvé, leurs cuisses sur la banquette respirent à peine. Il refuse un café, elle aussi, le garçon a le teint rouge, elle s'en souvient. Ils remontent chercher les manteaux.
Ensuite elle le réconforte dans le taxi, elle voit encore un peu ses cheveux lorsque la voiture la dépose et file.

 

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